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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206678

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206678

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, Mme D, représentée par Me Zouaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande d'asile et d'y faire droit dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

Mme D soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- est entaché d'une erreur de fait puisque rien n'établit l'existence d'une précédente demande en Allemagne ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2022 le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Wegner, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L.572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante du Kosovo, entrée en France le 24 mai 2022 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile le 1er juillet 2022. Par l'arrêté attaqué du 30 septembre 2022, le préfet du Rhône a ordonné la remise de l'intéressée aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du préfet du Rhône du 16 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 20 septembre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. Le préfet du Rhône a produit les documents signés par Mme D par lesquels elle reconnaît avoir reçu le 1er juillet 2022 dans une langue qu'elle comprend (albanais) les brochures concernant l'information générale sur les demandes d'asile et le relevé d'empreinte et une information pour les demandeurs d'asile sur la procédure Dublin. Ainsi le moyen tiré de la violation de l'article 4 du règlement n ° 604/ 2013 doit donc être écarté.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a bénéficié d'un entretien personnalisé le 1er juillet 2022 à la préfecture de l'Isère, en albanais par le moyen d'un interprète. Elle n'établit pas que cet entretien n'a pas été réalisé dans des conditions garantissant dûment ses droits. Le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de son propre entretien, qu'elle a bien présenté une demande d'asile en Allemagne le 2 février 2022. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

6. Aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France ;

7. Pour contester la décision en litige, Mme D soutient que son état de santé faisait obstacle à sa remise aux autorités allemandes. Toutefois, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier en Allemagne de soins adaptés à son état de santé. Par suite, elle n'établit pas que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Zouaoui et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

S. C

La greffière,

V. Joly

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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