lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | LEURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. E B, représenté par Me Leurent, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- et les observations de Me Leurent, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né en 1994, soutient être entré en France le 8 octobre 2018. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 mars 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 novembre 2021. A la suite de son audition par la brigade mobile de recherche de l'Isère, il a fait l'objet d'un arrêté en date du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvu de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par ailleurs, si l'arrêté attaqué mentionne à tort que le requérant est de nationalité béninoise alors qu'il est de nationalité nigériane, cette erreur de plume est sans incidence sur la régularité formelle de l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre, d'une part, de troubles psychiatriques et, d'autre part, d'une hépatite B pour lesquels il bénéficie d'une prise en charge depuis 2019. En ce qui concerne sa pathologie psychiatrique, M. B verse plusieurs certificats médicaux d'un médecin du service de la PASS psychiatrique de Grenoble et des ordonnances prescrivant un traitement médicamenteux. Aucun de ces documents ne permet d'établir que l'absence de prise en charge médicale pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que l'intéressé ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En ce qui concerne sa pathologie hépatique, M. B verse notamment deux certificats médicaux établis par le même médecin, en date du 16 juillet 2021 et du 21 octobre 2021, affirmant que le défaut de suivi adapté pourrait entrainer son décès et que le traitement qui lui est dispensé est indisponible dans son pays d'origine. Toutefois, ces certificats, outre qu'ils ne sont aucunement étayés sur l'indisponibilité du traitement dans le pays d'origine, ne suffisent pas à établir que M. B ne pourrait pas bénéficier au Nigéria des soins appropriés à son état de santé, fussent-il différents de ceux reçu en France. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis octobre 2018 selon ses déclarations, soit depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut de sa qualité de père d'un enfant né le 2 avril 2020 sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'en application d'une ordonnance du 22 novembre 2021 du juge aux affaires familiales de Vienne, il bénéficie d'un droit de visite le mercredi des semaines impairs tous les quinze jours dans une structure associative. Toutefois, outre que la première visite n'a été programmée qu'en février 2022, alors que l'enfant avait déjà presque deux ans, le requérant n'établit pas, par les seuls éléments qu'il produit, exercer effectivement son droit de visite et ainsi contribuer à l'éducation de son fils, ni avoir noué avec ce dernier une relation affective réelle. Par ailleurs, il ne justifie pas de ce que la mère de l'enfant, de même nationalité que lui, serait en situation régulière en France. En outre, l'allégation selon laquelle il vivrait depuis deux années avec une autre compatriote titulaire d'un titre de séjour n'est étayée d'aucune pièce. M. B n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie. Enfin, s'il fait valoir qu'il présente plusieurs pathologies, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié hors de France. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été édictée. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.
9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Comme il a été dit au point 8, les pièces produites à l'instance ne suffisent pas à démontrer que M. B contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ni qu'il a noué avec lui une relation affective. En tout état de cause, il n'est pas établi que la mère de l'enfant, également de nationalité nigériane, est en droit de se maintenir sur le territoire français et que la décision attaquée aura ainsi nécessairement pour effet de séparer M. B de son fils. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est écarté.
11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions faisant obligation à M. B de quitter le territoire français et fixant le pays de destination soient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En septième lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français.
13. En huitième lieu, le requérant ne justifie pas de la durée de sa présence en France. Il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement puisqu'il s'est maintenu sur le territoire français malgré une décision de remise aux autorités d'un pays ayant conclu un accord de réadmission avec la France prise à son égard le 14 décembre 2018. Il est connu défavorablement des forces de l'ordre pour des faits de menace ou usage d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours commise le 27 novembre 2020 et détention et usage d'un passeport falsifié, faits pour lesquels il fait l'objet d'une convocation en justice. Par suite, en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère n'a pas pris une mesure disproportionnée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 11 octobre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. E B, à Me Leurent et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026