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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206733

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206733

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEFAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 octobre 2022 et le 27 mars 2023, Mme A C et M. B D, représentés par Me Damian, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Montagnole a accordé un permis de construire à la société Les Deux Etoiles pour la construction de six maisons individuelles ;

2°) de mettre à la charge la commune de Montagnole et de la SAS les deux étoiles la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le dossier de permis de construire est incomplet faute de contenir l'avis du gestionnaire de la voirie en application de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est illégal par exception d'illégalité du PLUi applicable, contraire au schéma de cohérence territoriale et à la servitude non aedificandi grevant le terrain d'assiette du projet ;

- l'arrêté méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation applicable au terrain quant au nombre de logements créés et à l'implantation des constructions créant des vues ;

- l'arrêté méconnaît les articles UD et AUD 4 du PLUi compte tenu de l'implantation de la voirie interne et des constructions des lots 1 à 4 ;

- l'arrêté méconnaît les articles UD AUD 9 du PLUi en l'absence de desserte de la parcelle par les réseaux publics.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 janvier 2023 et le 13 avril 2023, la commune de Montagnole, représentée par Me Defaux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'établissent pas leur intérêt pour agir en application de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 12 janvier 2023, la société les deux étoiles, représentée par Me Boisson, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'établissent pas leur intérêt pour agir en application de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire d'intervention en défense, enregistré le 24 mars 2023, la communauté d'agglomération Grand Chambéry, représentée par Me Ducroux, entend s'associer aux conclusions de rejet développées par la commune et la société Les Deux Etoiles s'agissant du classement de la parcelle par le PLUi applicable.

Elle fait valoir que le moyen d'exception d'illégalité soulevé est infondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- les conclusions de Mme E,

- et les observations de Me Defaux, représentant la commune de Montagnole, de Me Arsac, représentant la société les deux étoiles et de Me Mouakil, représentant la communauté d'agglomération de grand Chambéry.

Considérant ce qui suit :

1. La société Les Deux Etoiles a déposé, auprès des services de la commune de Montagnole, une demande de permis de construire valant division pour l'édification de six maisons individuelles sur une parcelle cadastrée section AA n°18. Par l'arrêté attaqué le maire a délivré le permis de construire sollicité.

Sur l'intervention :

2. La communauté d'agglomération Grand Chambéry, qui a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal notamment applicable à la commune de Montagnole, a intérêt à venir au soutien des conclusions de la commune. Il y a lieu d'admettre son intervention dans la présente instance.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie ". D'une part, la défense soutient sans contestation sur ce point que le gestionnaire de la voie publique dénommée route du Fenestroz est la commune. D'autre part, le PLUi applicable règlemente, en ses articles UD et AUD 8, les conditions d'accès aux voies. Ainsi, le dossier n'avait pas à contenir la pièce mentionnée à l'article R. 423-53 du code et le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si un permis de construire ne peut être délivré que pour un projet qui respecte la réglementation d'urbanisme en vigueur, il ne constitue pas un acte d'application de cette réglementation. Par suite, un requérant demandant l'annulation d'un permis de construire ne saurait utilement se borner à soutenir qu'il a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal. Ainsi, à supposer même que le classement opéré du terrain d'assiette par le PLUi soit illégal, les requérants n'invoquent la méconnaissance d'aucune règle du document d'urbanisme antérieurement en vigueur. Dans ces conditions, l'exception d'illégalité du PLUi doit être écartée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne () privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, / () sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs.

6. D'une part, l'orientation d'aménagement et de programmation applicable au périmètre des vignes du Fenestro prévoit la construction d'environ quatre logements pour une densité moyenne de huit logements par hectare. Si le projet ne prévoit, dans le périmètre de cette orientation, que la construction que cinq logements, il n'en est pas moins compatible avec les objectifs de l'orientation d'aménagement et de programmation de créer sur ce secteur un nombre limité de maisons individuelles.

7. D'autre part, si l'orientation d'aménagement et de programmation prévoit la " conservation des espaces de respiration entre les futurs bâtiments pour préserver les vues ", l'implantation des constructions projetées aménage, de part et d'autre des constructions, des espaces de respiration suffisants pour ne pas occulter les vues. Le projet n'apparaît donc pas incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation applicable.

8. En quatrième lieu, d'une part, si les requérants se prévalent des articles UD et AUD 4 du PLUi pour contester l'implantation de la voie interne, cette voie ne constitue aucunement une construction au sens de ces articles. D'autre part, alors que le plan de masse comporte une échelle permettant de calculer le retrait des constructions par rapport aux limites séparatives, il n'apparaît pas que l'implantation des constructions des lots 1 à 4 méconnaissent les dispositions des articles UD et AUD 4 du PLUi, celles-ci étant implantées au-delà du prospect de 4 mètres par rapport aux limites séparatives.

9. En cinquième lieu, d'une part, si les requérants font valoir qu'un certificat d'urbanisme négatif avait été délivré en raison de l'insuffisance des réseaux, notamment d'électricité, sur la parcelle objet du permis de construire, l'ensemble des services gestionnaires des réseaux ont formulé des avis favorables au projet, assortis de prescriptions techniques qui ne remettent pas en cause la suffisance des réseaux constatée par ces services. D'autre part, contrairement à ce qu'affirment les requérants, le secteur du Fenestro bénéficie de conteneurs collectifs situés à quelques centaines de mètres. Dans ces conditions, le projet ne méconnait pas les dispositions des articles AD et AUD 9 du PLUi.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme C et M. D doivent être rejetées.

Sur les frais de procès :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser tant à la commune de Montagnole qu'à la société les deux étoiles.

D E C I D E :

Article 1er :L'intervention de la communauté d'agglomération de grand Chambéry est admise.

Article 2 :La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 3 :Les requérants verseront à la société Les Deux Etoiles une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les requérants verseront à la commune de Montagnole une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D, à M. B D, à la commune de Montagnole, à la société Les Deux Etoiles et à la communauté d'agglomération Grand Chambéry.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206733

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