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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206752

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206752

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGAILLARD OSTER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 18 octobre 2022, le 2 janvier 2023, le 6 janvier 2023 et le 11 mai 2023, M. A C, représenté par Me Maingot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Cernex a accordé un permis d'aménager à Mme B ;

2°) de condamner solidairement la commune de Cernex et Mme B à la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commune ne justifie pas avoir transmis le dossier de demande de permis au préfet en application de l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme ;

- les articles R. 441-1, R. 441-2, R. 441-3 et R. 441-4 du code de l'urbanisme ont été méconnus ;

- l'avis d'ENEDIS a été méconnu ;

- l'article L. 441-4-2 du code de l'urbanisme a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur matérielle d'appréciation ;

- l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme a été méconnu ;

- la pétitionnaire ne justifie pas d'une servitude de tréfonds.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 27 décembre 2022, le 5 mai 2023 et le 16 mai 2023, Mme D B, représentée par Me Gaillard, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête, et demande à titre infiniment subsidiaire qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

La requête a été régulièrement communiquée à la commune de Cernex qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane ;

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Maingot, représentant M. C et de Me Schmidt, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit

1. Mme B a sollicité la délivrance d'un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de deux lots sur les parcelles cadastrées section A n°689, 1275, 1276, 1626, 1628 et 1835. Par arrêté du 21 juin 2022, le maire de la commune de Cernex a accordé le permis sollicité. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la composition du dossier de demande :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis d'aménager ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis d'aménager qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. D'une part, les demandes de permis d'aménager doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Il ressort des mentions contenues dans le CERFA de demande de permis d'aménager que Mme B produit l'attestation mentionnée à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. D'autre part, Mme B produit l'ensemble des pages du CERFA de demande de permis d'aménager. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis d'aménager comporte une notice précisant expressément que le projet vise en la création de deux lots à bâtir par la création de deux viabilités enterrées avec des regards de sorte qu'elle présente des éléments suffisants ayant permis au service instructeur d'appréhender l'insertion, la composition et l'organisation du projet. Par ailleurs, le dossier comporte un plan topographique et un plan de composition permettant d'appréhender les réseaux existants, les volumes des lots, l'organisation et l'aménagement du projet. La notice précise également que " l'accès au terrain se fera depuis la route des Châtaigniers " et qu'une " servitude de passage sera mise en place ", qu'aucun aménagement n'est prévu en limite de terrain et enfin contient une partie relative aux équipements à usages collectifs à laquelle est associée le plan PA4 qui indique l'existence d'une servitude de passage. S'agissant des réseaux d'eau potable, d'eaux usées et pluviales, d'électricité et de téléphone, elle précise que chaque lot sera équipé d'attentes ou de boites de branchement. Par conséquent, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande doit être écarté.

En ce qui concerne l'avis d'ENEDIS :

4. Le requérant soutient que le projet méconnait l'avis d'ENEDIS qui indique ne pas avoir été en mesure de procéder à l'évaluation de la puissance de raccordement nécessaire. En se limitant à produire cet avis, sans davantage de précisions, M. C n'invoque aucune disposition qui aurait été méconnue par le permis d'aménager litigieux. Par suite, le moyen doit donc être écarté comme dépourvu de précisions suffisantes permettant au Tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne le recours à l'architecte :

5. Il résulte de la combinaison des dispositions des article L. 441-4 et R. 441-4-2 du code de l'urbanisme que le recours à un architecte est obligatoire dès lors que la surface à aménager présente une superficie supérieure à 2500 m². En l'espèce, le terrain d'assiette du projet présente une superficie totale de 2328 m². Par suite, la surface à aménager est nécessairement inférieure au seuil à partir duquel la pétitionnaire doit recourir à un architecte. Le moyen est par conséquent non fondé et doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

6. M. C expose de manière succincte que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation pour avoir été délivrée sur la base d'un dossier imprécis et incomplet et qu'il méconnait les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme aux termes duquel le permis peut être refusé lorsqu'il méconnait les règles relatives à l'utilisation du sol. Toutefois, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire a été écarté au point 3. Par suite, M. C n'est pas non-plus fondé à soutenir que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaitrait les dispositions de l'article L. 421-6 au motif que le dossier serait incomplet. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la servitude de tréfonds :

7. M. C conteste l'existence d'une servitude de tréfonds au bénéfice du terrain de Mme B pour avoir le droit d'effectuer les raccordements aux différents réseaux. Toutefois, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers et le permis d'aménager n'ayant que pour objet d'assurer la conformité des constructions avec les règles d'occupation et d'utilisation du sol, elles ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux pétitionnaires de justifier, dans leurs demandes d'autorisations d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer le raccordement aux réseaux publics des ouvrages projetés. Dans ces conditions, la circonstance que M. C, qui ne se prévaut en l'espèce de la méconnaissance d'aucune disposition applicable en matière d'urbanisme, n'est pas fondé à soutenir que le permis a été accordé sans qu'une servitude de tréfonds soit régulièrement établie au bénéfice du fonds de Mme B. Le moyen doit par suite être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B, présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B et à la commune de Cernex.

Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

Le président,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

C. LetellierLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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