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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206831

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206831

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, M. D B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont entachés d'incompétence ;

- ces décision méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le préfet de la Savoie conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- l'obligation de quitter le territoire français a fait l'objet d'un arrêté d'abrogation du 1er décembre 2022 ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Cans, avocate de M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 13 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né en 1982, soutient être entré en France en 2012. Il s'est marié avec une française le 6 mars 2019 et a sollicité le 4 juin 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Française. Par un arrêté du 20 juin 2019 dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 6 juillet 2021, le préfet de la Savoie a refusé de délivrer le titre de séjour demandé et a fait obligation à M. B de quitter le territoire français. Ce dernier a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 25 avril 2022. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet de la Savoie a refusé de délivrer le titre de séjour demandé et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français.

2. Le préfet fait valoir que par arrêté du 1er décembre 2022, postérieur à l'enregistrement de la requête, il a abrogé l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision et de la décision fixant le pays de destination sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

3. L'arrêté a été signé par Mme C A, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 25 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Savoie du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Le requérant fait valoir qu'il est marié avec une Française avec laquelle il a emménagé depuis plus de six ans et qu'il est apprécié de sa belle-famille. Toutefois, son mariage est relativement récent et le couple n'a pas d'enfant. Si M. B soutient qu'il exerce son droit de visite et d'hébergement envers son enfant né d'une première union en 2013 et qu'il a reconnu en 2019, il ressort des pièces du dossier que la mère de cet enfant, qui a la même nationalité que le requérant, a fait l'objet d'une décision d'éloignement du 9 décembre 2021 dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 12 juillet 2022. Eu égard à ces circonstances, et alors même que M. B fait également valoir qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, le refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte des mêmes circonstances que ce refus de séjour ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir invoquée en défense, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B aux fins d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour que lui a opposé le préfet de la Savoie.

7. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre et de la décision fixant le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Cans et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Coutarel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président, rapporteur,

T. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. BailleulLa greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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