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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206876

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206876

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2206876 le 20 octobre 2022, Mme E F épouse D, représentée par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) a défaut, d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- le préfet de la Savoie devra produire l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et le tribunal vérifier la régularité de la procédure de consultation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français se fonde sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégal ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2206879 le 20 octobre 2022, M. G C, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) a défaut, d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'obligation de quitter le territoire français se fonde sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégal ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 13 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Marcel, représentant M. C et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2206876 et n°2206879 concernent un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. C et Mme D, ressortissants macédoniens nés respectivement en 1981 et en 1988, soutiennent être entrés sur le territoire français le 15 août 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions du 30 novembre 2021 de l'Office français pour les réfugiés et les apatrides (OFPRA) confirmées par des décisions du 19 avril 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 22 septembre 2021, M. C a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le même jour, Mme D a déposé une demande au titre de l'article L 423-9 du même code. Par les arrêtés du 3 juin 2022, le préfet de la Savoie a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité des refus de titre de séjour :

En ce qui concerne le défaut de motivation :

3. Les refus de titre de séjour attaqués énoncent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Ils sont ainsi suffisamment motivés et répondent aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la consultation du collège des médecins de l'OFII :

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

5. L'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 décembre 2021 a été produit à l'instance par le préfet de la Savoie. Il indique que Mme D souffre d'une pathologie qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet avis a été rendu par trois médecins régulièrement désignés. En outre, cet avis, signé par chaque membre du collège, a été rendu au vu d'un rapport médical établi par un médecin n'ayant pas participé aux débats à l'issue d'une délibération collégiale. Par ailleurs, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis aurait été rendu plus de trois mois après la transmission du certificat médical. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, pris en ses différentes branches, doit être écarté.

6. La circonstance que la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine (BISPO), dont le collège de médecins de l'OFII s'est notamment servi pour apprécier la condition d'accès aux soins dans le pays d'origine et formuler l'avis contesté, n'est pas publiée en ligne ne peut entacher d'illégalité cette décision dès lors qu'aucune disposition ni aucun principe n'impose une telle publication. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.

En ce qui concerne le respect des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

7. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi ainsi que l'accès effectif à celui-ci. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet s'est cru à tort lié par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D.

10. Par ailleurs, les certificats médicaux versés au débat font apparaitre que Mme D souffre d'une pathologie au genou droit qui évoque un diagnostic d'algoneurodystrophie dont le traitement envisagé consiste en des séances de kinésithérapie. Dès lors, les éléments médicaux produits ne comportent pas des éléments de nature à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins, que s'est approprié le préfet de la Savoie, selon laquelle le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, la requérante n'établit pas que son état de santé se serait aggravé après le 8 décembre 2021, date de l'avis du collège des médecins, si bien qu'elle n'est pas fondée à soutenir que celui-ci ne serait plus pertinent pour apprécier ses troubles de santé. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un titre de séjour.

En ce qui concerne l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'erreur manifeste d'appréciation :

11. M. C et Mme D sont entrés en France très récemment. Les requérants ne justifient pas de l'existence de liens personnels d'une intensité particulière en France ou d'une insertion particulière dans la société française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D ne pourra pas bénéficier de soins appropriés, tels que décrits au point précédent, dans son pays d'origine. Dès lors, les décisions attaquées prises par le préfet de la Savoie ne portent pas au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions attaquées seraient entachées d'un erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :

13. L'illégalité des décisions refusant de délivrer aux requérants un titre de séjour n'étant pas établie, ils ne sont pas fondés à invoquer l'illégalité de ces décisions à l'appui de leurs demandes d'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

14. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire français qui n'emportent pas, par elles-mêmes, éloignement du territoire faute de désigner le pays vers lequel ils pourraient être éloignés.

15. Ainsi qu'il sera dit aux points 19 et 20, les craintes dont se prévalent les requérants en cas de retour dans leur pays d'origine ne peuvent être tenues pour établies. Ainsi, et eu égard à ce qui a été dit sur l'état de santé de Mme D, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Savoie aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que comportent les obligations de quitter le territoire français sur la situation de M. C et Mme D.

Sur la légalité des décisions fixant le pays destination :

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

17. Il ne ressort pas des décisions attaquées que le préfet de la Savoie aurait apprécié la réalité des risques que M. C et Mme D seraient susceptibles d'encourir en cas de retour en Macédoine au regard des seules persécutions entrant dans les prévisions des stipulations de l'accord de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés sans examiner l'ensemble des risques réels pour leur personne au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

18. M. C et Mme D n'apportent pas des éléments de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'ils soutiennent encourir en cas de retour en Macédoine en raison notamment de leur appartenance à la communauté rom et d'un conflit familial. Par ailleurs, Mme D pourra y bénéficier d'un traitement approprié. Par suite, en désignant la Macédoine comme pays de renvoi, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les stipulations citées au point et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse D, à M. B C, à Me Marcel et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

Le rapporteur,

J-L. A

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2206879

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