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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206982

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206982

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL COOK QUENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 octobre 2022 et le 20 février 2023, M. A B, représenté par Me Oster, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Pierre d'Albigny a accordé à la société Kalliste un permis de construire deux immeubles de dix logements, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pierre d'Albigny et de la société Kalliste la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard des dispositions des articles R. 431-7 et R. 431-10 du code de l'urbanisme et présente des contradictions ou imprécisions quant au nombre de places de stationnement projetées ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 6 du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 7 du plan local d'urbanisme et l'article 679 du code civil ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 11 du plan local d'urbanisme et le cahier des recommandations architecturales du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 12 du plan local d'urbanisme compte tenu des incohérences du dossier de permis de construire.

Par des mémoires enregistrés le 23 décembre 2022 et le 23 mars 2023, la société Kalliste, représentée par Me Quenard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 janvier 2023 et le 24 mars 2023, la commune de Saint-Pierre d'Albigny, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Schmidt, représentant M. B, de Me Fiat, représentant la commune de Saint-Pierre-d'Albigny et de Me Quenard, représentant la société Kalliste.

Considérant ce qui suit :

1. La société Kalliste a sollicité le 17 novembre 2021, auprès des services de la commune de Saint-Pierre-d'Albigny, la délivrance d'un permis de construire valant permis de démolir pour l'édification de deux collectifs comprenant dix logements avec un garage en annexe. Le maire de la commune a délivré le permis de construire par arrêté du 17 mai 2022 dont M. B demande l'annulation, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir soulevée :

2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme d'une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction et sans que ne soit exigé de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

3. M. B justifie être propriétaire d'un terrain contigu à celui du projet comprenant une grange qu'il entend réhabiliter en habitation. Le projet consiste en la réalisation de deux collectifs comprenant dix logements. Le requérant fait valoir que celui-ci entraînera des créations de vues sur son terrain ainsi que la disparition du mur de clôture lui appartenant, à l'est du terrain d'assiette. En sa qualité de voisin immédiat, il dispose donc d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions d'annulation :

4. L'article UA 6 du plan local d'urbanisme réglemente l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques et prévoit en zone UAa que les constructions nouvelles devront respecter le front bâti défini par le bâti existant. Le tènement objet de la demande de permis de construire en litige comprend notamment la parcelle cadastrée section E n°490 qui borde la rue Jacques Marret en sa limite ouest. Cependant, les constructions projetées sont implantées sur la parcelle section E n°2115, qui constitue avec la parcelle E n°490 le tènement d'assiette du projet. Or le front bâti existant s'implante au droit de la voie publique, à l'exception d'une seule construction qui n'est pas contiguë au terrain d'assiette du projet. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article UA 6 du plan local d'urbanisme.

Sur les conséquences de l'illégalité relevée :

5. Un premier permis de construire avait été obtenu le 16 juin 2021 par la société Kalliste pour un projet très similaire au projet objet du présent litige. A la suite de sa saisine par M. B (requête n°2108233), le tribunal de céans avait adressé aux parties une information les prévenant qu'il était susceptible de surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, compte tenu de la méconnaissance de l'article UA 6 du plan local d'urbanisme. A la suite de cette information, l'arrêté de permis de construire du 16 juin 2021 a été retiré et M. B s'est désisté quelques jours avant l'audience, ce dont le tribunal a pris acte. En faisant le choix d'adopter le présent arrêté, entaché d'un vice au regard de l'article UA 6 du plan local d'urbanisme, il n'apparaît pas que le projet, compte tenu de la configuration de la parcelle, soit régularisable, au sens des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, ce que ne soutiennent d'ailleurs ni la commune ni le pétitionnaire. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 17 mai 2022 du maire de la commune de Saint-Pierre-d'Albigny doit être annulé, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux.

Sur les frais de procès :

6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Saint-Pierre-d'Albigny et la société Kalliste doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge tant de la commune de Saint-Pierre-d'Albigny que de la société Kalliste une somme de 1500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Pierre d'Albigny est annulé, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux.

Article 2 :La commune de Saint-Pierre d'Albigny versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :La société Kalliste versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la commune de Saint-Pierre d'Albigny et de la société Kalliste tendant à la condamnation de M. B au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Saint-Pierre d'Albigny et à la société Kalliste.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chambéry.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220698

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