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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207014

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207014

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, M. D, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mai 2022 par laquelle le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Savoie, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) De mettre à la charge du préfet de la Savoie une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît les dispositions des articles L.435-1 et L.435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour.

* La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Cans, substituant Me Mathis, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 25 mars 1980 à Tunis (Tunisie), ressortissant tunisien, déclare être entré en France le 10 août 2015 sous couvert d'un visa de court séjour à entrées multiples valable trente jours dans les Etats Schengen sur la période du 4 août 2015 au 3 octobre 2015. Le 8 avril 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté n°2022/124 en date du 31 mai 2022, le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé dispose que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". Aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. " Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour demander la délivrance d'un titre " salarié ", s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Le moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

3. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser d'admettre exceptionnellement au séjour le requérant, le préfet a notamment retenu qu'il avait fait l'objet d'une interpellation aux frontières de Chambéry le 13 octobre 2015, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et que malgré l'absence de condamnation pénale il était défavorablement connu des services de police pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, faits commis le 25 août 2016.

5. Toutefois, l'extrait du fichier du traitement des antécédents judiciaires transmis par le préfet de la Savoie au soutien de son mémoire fait état d'une personne qui mesure 1,72 mètres et qui présente, à titre de signes particuliers, une cicatrice sur l'un des avant-bras et des cicatrices sur les poignets. Or, il ressort de l'examen médical descriptif du requérant réalisé par le Dr C A que celui-ci mesure 1,85 mètres et qu'il ne présente qu'une cicatrice sur le genou droit. Dans ces conditions, plusieurs éléments objectifs démontrent que la personne interpellée le 25 août 2016 ne serait pas M. D. Dès lors, le préfet a commis une erreur de fait en retenant que la personne interpellée le 25 août 2016 était le requérant et que ce dernier était défavorablement connu des services de police. Si le préfet fait valoir, à juste titre, qu'il ne s'est nullement fondé sur la menace pour l'ordre public, il résulte, toutefois, de la décision attaquée, que le préfet a entendu se fonder sur les faits de " violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité " du 25 août 2016 pour en déduire une absence de volonté d'intégration de la part de M. D. Ce dernier est dès lors fondé à soutenir qu'au regard de ce motif erroné en fait, mais déterminant dans la prise de la décision, cette dernière est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. En l'état du dossier, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette autorité aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de fait et de droit afférents à la situation du requérant.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la situation de M. D soit réexaminée. Il y a lieu d'adresser au préfet de la Savoie une injonction en ce sens et de lui impartir, pour y procéder, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et de délivrer à M. D, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 200 euros demandée par M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Mathis et à la Préfecture de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le président-rapporteur,

C. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLI Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207014

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