jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme A, représentée par Me Mathis demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) subsidiairement de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou à sa notification si elle est rendue par ordonnance ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les articles 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur d'appréciation sur sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Mathis, représentant Mme A.
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. Mme A, ressortissante guinéenne, née en 1988, soutient être entrée en France le 26 janvier 2020. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une première décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 17 septembre 2021 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 décembre 2021. Sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par une décision du 16 juin 2022. Le 13 mars 2022, le préfet de l'Isère a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français, confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 14 juin 2022. Par l'arrêté attaqué du 6 octobre 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français.
Sur l'étendue du litige :
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
4. Au cas d'espèce, le préfet de l'Isère a pris le 1er décembre 2022 un arrêté annulant et remplaçant l'arrêté attaqué du 6 octobre 2022 et prononçant, de nouveau, à l'encontre de la requérante une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le retrait de l'arrêté du 6 octobre 2022 ainsi opéré n'ayant pas acquis un caractère définitif, il y a lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale et de regarder la requête de Mme A comme étant également dirigée contre le nouvel arrêté du 1er décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à l'intéressé de les contester utilement. Ils sont par suite suffisamment motivés et le moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des termes des arrêtés attaqués que le préfet a procédé à un examen préalable de la situation de la requérante telle qu'elle avait été portée à sa connaissance. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'examen manque en fait et doit être écarté.
7. En troisième lieu, à la date de l'arrêté initial, Mme A n'était présente que depuis deux ans et dix mois en France où elle n'a pas d'attaches familiales ou personnelles. Elle est célibataire et sans enfant à charge en France alors qu'il ressort des pièces du dossier que ses enfants résident en Guinée et au Mali. Les sévices et violences que Mme A dit avoir subis durant son mariage dans son pays d'origine ne permettent pas de retenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts visés. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des arrêtés sur la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'un défaut de motivation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni d'une erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.
10. En troisième lieu, Si Mme A soutient qu'elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son mariage forcé avec un homme plus âgé, de sa fuite du domicile familial et de ce qu'elle a eu un enfant hors mariage issu d'une autre union, le seul rapport de mission en Guinée de l'OFPRA en date de novembre 2017 n'établit pas la réalité des risques personnellement encourus par la requérante dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
12. En deuxième lieu, il ressort des arrêtés attaqués que pour prononcer à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Isère a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision n'est donc entachée d'aucun défaut de motivation.
13. En troisième lieu, Mme A n'est présente sur le territoire français que depuis deux ans et dix mois. Elle ne fait état d'aucun lien sur le territoire français tandis qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. De plus, l'intéressée a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 13 mars 2022 confirmée par une décision du tribunal administratif de Grenoble le 14 juin 2022, qu'elle n'a pas exécutée. Ainsi, en dépit du fait qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché ses arrêtés d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. "
15. Il ressort des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par Mme A par une décision du 12 septembre 2022 notifiée le 26 septembre 2022. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de Mme A ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2: La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La magistrate désignée,
A. BLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026