mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL HUBERT VEAUVY AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 octobre 2022, le 13 novembre 2022 et le 16 novembre 2022, l'association de l'école démocratique Ma Voie, représentée par la SARL Hubert Veauvy avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 28 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Savoie a ordonné la fermeture administrative de l'établissement d'enseignement privé hors contrat Ecole Ma Voie, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de fermeture de l'école a été prise sur proposition du rectorat qui a transmis sa mise en demeure sans qu'aient été jointes les observations substantielles émises par l'école, en violation de l'article L. 311-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se contente de reprendre les conclusions stéréotypées du dernier rapport d'inspection sans répondre aux observations émises par l'école ni expliquer en quoi les mesures mises en place pouvaient être considérées comme inexistantes et qu'elle n'évoque pas le plan d'action envoyé le 14 mars 2022 répondant point par point à la mise en demeure ;
- elle est illégale en ce qu'elle fait suite à une mise en demeure illégale dès lors qu'elle est stéréotypée, imprécise et non circonstanciée, qu'elle transpose des mesures concernant un collège, qu'elle ne fait pas de distinction de niveaux et qu'elle ne prend pas en compte les mesures déjà en vigueur dans l'école ;
- le préfet a fait une application erronée de l'article L. 442-2 du code de l'éducation dès lors que les prescriptions de la mise en demeure ont été intégralement exécutées, le constat de carence ne pouvant pas faire état d'exigences ou de manquements qui ne figuraient pas dans la mise en demeure et le premier rapport d'inspection ;
- la prescription de formalisation des situations d'apprentissage est respectée par la rédaction de fiches de situation d'apprentissage dont le caractère obligatoire est assuré par les entretiens de suivi et l'évaluation globale des compétences lors des entretiens d'évaluation, la circonstance que l'élève choisisse les compétences sur lesquelles il souhaite prioritairement travailler n'enlevant rien au caractère obligatoire de ces situations d'apprentissage dès lors qu'il a l'obligation de travailler à travers elles les principales règles grammaticales, orthographiques et mathématiques et des actions de remédiation étant systématiquement prévues pour des élèves qui ne seraient pas sur la bonne trajectoire ; la mise en demeure ne formulait aucune précision sur le volume d'horaires exigé pour ces situations d'apprentissage obligatoire ; la mise en place d'un enseignement structuré et systématisé ne figurait pas dans la mise en demeure ;
- la prescription de conservation de traces écrites rédigées des apprentissages par l'utilisation d'un classeur individuel et la mention des corrections des erreurs par les adultes est respectée, ainsi que l'a constaté un huissier de justice le 14 mars 2022 ; les inspecteurs n'ont rendu compte que des classeurs les moins remplis alors que l'école accueille des enfants en difficulté face à l'écrit ; la mise en place d'une nouvelle organisation pédagogique a pris du temps ; il existe un classement des document dans les classeurs, il est chronologique ; les élèves stockent également leurs travaux sur l'application arbustes.net que les inspecteurs n'ont pas réellement examinée ; il ne peut être fait grief à l'école d'insister dans sa pédagogie sur les enseignements oraux et informels et sur l'utilisation d'un matériel pédagogique alternatif ;
- la prescription de programmation des apprentissages dans les cinq domaines du socle commun incluant une progression avec des objectifs adaptés à chaque élève a été satisfaite, conformément au plan d'action communiqué au rectorat : en premier lieu, un tableau de programmation décliné en fiches d'apprentissage permet de mettre en correspondance les compétences et connaissances des différents domaines du socle classées par cycle et les situations d'apprentissage ; les traces écrites dans les cahiers produits montrent que l'école respecte ce tableau et ne l'a pas produit pour induire en erreur les inspecteurs ; il n'est pas trop général dès lors qu'il comporte des objectifs concrets pour chaque cycle d'apprentissage, que le socle commun a été divisé en six cent quatre-vingt-douze items répartis sur les cinq domaines et les quatre cycles, que le plan d'action précise que les items sont travaillés au travers des différentes situations d'apprentissage possibles, laquelle a été ou sera formalisée sous la forme d'une fiche détaillée ; les inspecteurs ont écarté la centaine de fiches déjà rédigées constituant des unités détaillées de programmation en se contentant de relever une " absence de trace et de production pour objectiver le positionnement ", alors que la mise en demeure demandait que les enseignants formalisent des situations d'apprentissages qui permettent aux élèves de travailler les principales règles grammaticales, orthographiques, de maths et de langues vivante, sans subordonner le respect de cette programmation à la vérification de traces écrites d'élèves destinées à " objectiver " cette programmation ; les modalités de réalisation de ces situations d'apprentissage, rendues obligatoires, relèvent de la liberté pédagogique de l'établissement ; en imposant a posteriori des situations répétitives, cumulatives et systématisées, le rectorat a écarté, sans motif légitime, l'exécution sur ce point de la mise en demeure ; en deuxième lieu, des objectifs adaptés sont fixés pour chaque élève, lors des entretiens de suivi hebdomadaires ; en écrivant que les objectifs étaient peu ambitieux, les inspecteurs ont jugé non pas l'enseignement mais le niveau d'élèves, sans prendre en compte leur situation ni leur progression, certains étant en situation de handicap nécessitant des tâches simplifiées ;
- la prescription de formalisation d'un outil de suivi des compétences et d'indication des méthodes d'évaluation, des critères, des indicateurs et des observables sur lesquels s'appuiera le positionnement a été remplie, outre par les entretiens hebdomadaires, par la mise en place d'un outil spécifique via le site arbuste.net qui permet pour chaque élève d'avoir une liste, représentée sous forme d'arbustes de compétences ou de liste, de ses items validés ; contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport d'inspection, ce sont les enseignants qui ont la maîtrise finale de cet outil et non les élèves ;
- la prescription d'un apprentissage explicite en situation de méthodes et outils pour apprendre dans tous les enseignements et espaces de la vie scolaire dépasse le périmètre de l'article D. 122-1 du code de l'éducation qui définit le socle commun que doivent respecter les écoles hors contrat ;
- l'école ne porte pas atteinte au droit à l'instruction des enfants dès lors qu'elle dispose de très nombreux outils pour assurer une instruction à chacun de ses 33 élèves, qu'elle a développé une approche raisonnée des apprentissages libres et autonomes de manière à éviter toute dérive, avec notamment un entretien hebdomadaire et l'outil de suivi des compétences du site arbustes.net, que le taux d'encadrement d'un adulte pour cinq ou six élèves est particulièrement élevé, que le rapport d'inspection du 16 mai 2022 constate la tenue de nombreux ateliers dirigés, que la réalité des travaux des élèves est attestée par des productions variées, que de nombreuses situations d'enseignement se déroulent à l'oral conformément au projet pédagogique de l'école, que les attestations produites dans la présente instance établissent que l'école est en capacité de délivrer les apprentissages qu'on peut attendre d'une école ;
- les exigences de la mise en demeure remettant en cause le projet pédagogique violent la liberté pédagogique dont jouissent les écoles hors contrat : l'exigence d'un classeur par élève contenant des traces écrites pour tous les élèves, alors que ceux-ci effectuent des productions sur de multiples supports dont sur le site arbustes.net, méconnaît la liberté pédagogique dans le choix des supports d'enseignement ; l'exigence d'un enseignement explicite des méthodes et outils pour apprendre dans tous les enseignements et espaces de la vie scolaire, qui n'est pas requise par le socle commun tel qu'il s'applique aux établissements hors contrat, méconnaît la pédagogie de l'école de laisser une certaine latitude pour développer des apprentissages oraux et informels ; l'exigence d'une mise en place de temps d'apprentissages programmés, c'est-à-dire prévus à l'avance, puis imposés à l'ensemble des élèves, ainsi que la négation de tout apprentissage par le jeu ou en autonomie, portent atteinte à la liberté pédagogique de l'école, les apprentissages oraux et informels étant au cœur de la pédagogie des écoles démocratiques ;
- le constat de carence du 16 mai 2022, en exigeant un enseignement anticipé, programmé, planifié et structuré porte atteinte à la liberté d'enseignement de l'école
et à la liberté des parents de choisir une pédagogie qui réponde à leurs attentes et à leurs
convictions ;
- le format et les modalités des deux inspections pratiquées n'ont pas tenu compte des spécificités pédagogiques de l'établissement, les inspecteurs ayant cantonné le contrôle à la seule observation de traces écrites, sans organiser leur contrôle de manière à observer des situations d'apprentissage et ayant refusé d'examiner les pièces dont le format découlait des spécificités pédagogiques de l'établissement, alors même que l'exigence d'un suivi des élèves sur le seul fondement de traces écrites ne figurait pas dans la mise en demeure ; la négation des spécificités pédagogiques de l'école constitue une violation des articles L. 442-2, L. 442-3, R. 131-13 et D.131-12 du code de l'éducation ;
- ces violations de la liberté d'enseignement par la mise en demeure, le constat de carence et le format des inspections diligentées caractérisent une violation de l'article L. 442-2 du code de l'éducation par le rectorat de Grenoble ;
- eu égard à la difficulté voire l'impossibilité pour au moins sept enfants de suivre leur scolarité dans un établissement scolaire classique, la fermeture de l'école constitue une violation de l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par la convention internationale des droits de l'enfant et par les articles L. 111-1, L. 131-1-1, L. 122-1-1 et R. 131-12 du code de l'éducation ;
- la décision de fermeture est entachée d'erreur de qualification juridique des faits et d'appréciation dès lors que c'est de manière totalement infondée que le rectorat a prétendu que l'école ne respectait pas l'objet de l'instruction obligatoire, les inspecteurs n'ayant pu donner un avis sur la capacité de l'école à donner aux jeunes les moyens d'acquérir le socle commun sans avoir dressés aucun constat des progressions effectuées par les jeunes pourtant constatées, ni examiné les fiches produites, ni tenté d'observer comment les enseignements avaient concrètement lieu au sein de l'école ; les inspecteurs n'ont pas examiné ni apprécié les projets d'études et les projets professionnels des élèves actuellement scolarisés ; le rapport ne fait aucune observation sur le profil des jeunes accueillis alors même que les inspecteurs savaient qu'une partie des élèves rencontrait des difficultés spécifiques ;
- les inspecteurs n'ont pas pris en compte toutes les pièces qui étaient à leur disposition, notamment une compilation des journaux rédigés par les élèves de l'école à partir de janvier 2022 ; les constats d'indigence des productions d'écrit, d'absence de matériel pédagogique, d'absence de suivi individualisé des élèves sont faux ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision met les parents dans l'obligation d'inscrire leurs enfants en cours d'année dans un autre établissement scolaire, qu'ils ne pourront recourir à l'instruction en famille, que pour au moins pour sept d'entre eux, cette rupture de scolarité risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables, l'école se situant en zone rurale où n'existe pas d'autre école à la pédagogie similaire ; une fermeture même temporaire de l'école le temps de l'attente d'un jugement définitif entraînerait probablement sa fermeture définitive ; aucun intérêt public suffisant ne pourrait faire échec à la satisfaction de la condition d'urgence dès lors que le droit à l'instruction des enfants scolarisés n'est pas méconnu ; M. C peut être immédiatement déclaré directeur de l'école dès lors qu'une décision implicite d'acceptation de sa demande de dérogation est née le 1er octobre 2022.
Par une intervention volontaire enregistrée le 13 novembre 2022, l'association EUDEC, représentée par la SARL Hubert Veauvy avocat, demande au juge des référés de faire droit aux conclusions de la requête de l'association Ecole démocratique Ma Voie.
Elle soutient que :
- elle est recevable à former une intervention volontaire dès lors qu'elle a intérêt à la suspension de la décision, ayant pour objet la promotion, le soutien et le développement de l'éducation démocratique en France ;
- étant données les spécificités des organisations pédagogiques des écoles démocratiques qui impliquent notamment des journées non systématisées, la méthode d'évaluation utilisée ne permet pas d'établir la matérialité des faits et ne garantit pas le droit à l'égalité de traitement et à l'impartialité ;
- les demandes faites par l'inspection académique dans la mise en demeure vont au-delà des exigences légales : le code de l'éducation ne fait pas mention d'une programmation des apprentissages ; il est demandé de formaliser les situations d'apprentissage alors que l'obligation pour tous les élèves de suivre des situations uniformisées constituerait une atteinte injustifiée à la liberté de l'enseignement ; il était attendu des traces écrites rédigées de tous les apprentissages alors que cette modalité d'apprentissage n'est nullement présentée comme exclusive par la loi ou le socle commun.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la conditions d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'association n'établit pas que la fermeture de l'établissement entraînerait sa liquidation judiciaire, que l'association n'a pas compétence pour représenter les intérêts des parents et qu'à ce jour, l'école ne dispose pas de directeur régulièrement déclaré et ne peut donc pas en l'état fonctionner ;
- les moyens tirés de l'atteinte conjuguée à la liberté d'entreprendre, à la liberté d'enseignement et à l'intérêt supérieur des enfants, propres à un contentieux de référé-liberté, ne peuvent utilement prospérer dans le cadre d'un référé suspension ;
- le caractère inopiné des contrôles ne constitue pas une irrégularité et la durée de ceux-ci a été suffisante ; la mise en demeure est suffisamment étayée au regard des dispositions du IV de l'article L. 442-2 du code de l'éducation et détaille de façon précise, domaine par domaine, les mesures devant être mises en œuvre par l'établissement ;
- les inspecteurs ont évalué la faculté de l'établissement à amener l'ensemble des élèves de l'école à la maîtrise du socle commun à l'issue de la période de scolarisation obligatoire, et non seulement des bons élèves ;
- un délai suffisant a été accordé à l'école pour qu'elle puisse se conformer à la mise en demeure de mettre fin à une situation d'irrégularité ;
- la procédure contradictoire a été respectée ;
- les inspecteurs se sont bornés à vérifier les indices montrant d'une part, la progressivité de l'enseignement et, d'autre part, que les méthodes utilisées ne compromettent pas l'acquisition du socle commun ; les points relevés par la mise en demeure s'inscrivent parfaitement dans les attendus du contrôle pédagogique ; ils ne relèvent pas d'une impression, voire d'un prétendu jugement mais bien d'éléments concrets constatés qui permettent de conclure que le droit à l'instruction et l'acquisition du socle pourrait être compromis ;
- les deux rapports d'inspection ne contestent pas les méthodes pédagogiques et le rythme propre de l'établissement mais ses méthodes ne sont libres que dans la limite des obligations concernant l'acquisition du socle commun, l'Etat ayant l'obligation de contrôler l'acquisition progressive de celui-ci ; les constatations des inspecteurs selon lesquelles les apprentissages de la lecture, de l'écriture et des mathématiques sont très pauvres voire inexistants dans certains cas suffisent à caractériser la rupture dans la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle et il en va de même si les apprentissages sont effectués mais que peu, voire pas de documents permettent d'attester de la réalité et de l'étendue de ceux-ci, ni des marges de progression des élèves ;
- lors de la deuxième inspection, près de cinq mois après la mise en demeure, les inspecteurs ont constaté que, malgré les modifications annoncées par l'établissement dans ses observations du 14 mars 2022 et les références à un constat d'huissier ne présentant aucune valeur probante quand au fond de la démarche d'inspection, les manquements principaux à l'égard des apprentissages du socle demeuraient ; les inspecteurs ont observé qu'il y avait très peu de traces dans les documents des élèves concernant les langages mathématiques, qu'aucune activité ne permettait aux élèves les plus jeunes d'apprendre la lecture et les gestes fondamentaux de l'écriture ou encore que lors des deux visites, ils n'avaient pas vu de situations d'enseignement ; les classeurs individuels présentés au cours du second contrôle, contenant peu de pages ou même vides, sont apparus insuffisants pour démontrer l'acquisition progressive du socle commun, de même que le tableau de programmation et les fiches d'apprentissages, car il ne s'agit que d'éléments déclaratifs imparfaitement renseignés ; l'école méconnaît la différence entre l'existence d'un outil et son utilisation effective permettant d'assurer la mission qu'il se propose de remplir ;
- l'établissement peine à démontrer quels seraient les handicaps des enfants qu'il évoque et se contente dans la plupart des cas d'attestations de parents évoquant des fragilités ou des troubles dont il n'est pas établi qu'ils existent ou dont l'étendue n'est pas connue ; l'école n'a informé l'administration de la présence d'élèves qui seraient porteurs d'un trouble que lors de la seconde inspection ; aucune trace écrite n'est demandée pour certains élèves sans que l'école soit en mesure de justifier de troubles spécifiques des apprentissages ni d'aménagements spécifiques accompagnant ces élèves ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 octobre 2022 sous le numéro 2207063 par laquelle l'association de l'école démocratique Ma Voie demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. I pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Billon, greffière, M. I a lu son rapport et entendu :
- les observations orales de Me Veauvy, avocat de l'association de l'école démocratique Ma Voie et de l'association EUDEC, de Mme D, représentant le préfet de la Savoie et de Mme G, représentant la rectrice de l'académie de Grenoble ;
- les éclaircissements de M. F, de Mme E et de Mme A, enseignants et membres de l'association Ecole démocratique Ma Voie, et celles de M. H et de M B, inspecteurs de l'éducation nationale.
La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2022 à 17 heures.
Une note en délibéré présentée par la rectrice de l'académie de Grenoble a été enregistrée le 16 novembre 2022 à 17 h 23.
Considérant ce qui suit :
Sur les intervention de l'association EUDEC France :
1. Eu égard à son caractère accessoire par rapport au litige principal, une intervention, aussi bien en demande qu'en défense, n'est recevable au titre d'une procédure de référé suspension qu'à la condition que son auteur soit également intervenu dans le cadre de l'action principale. L'association EUDEC n'est pas intervenue au soutien de la requête n° 2207063 par laquelle l'Association de l'école démocratique Ma Voie demande l'annulation de la décision attaquée. Par suite, son intervention est irrecevable.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 131-1-1 du code de l'éducation : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 122-1-1 du même code : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 442-3 de ce code : " Les directeurs des établissements d'enseignement privés qui ne sont pas liés à l'Etat par contrat sont entièrement libres dans le choix des méthodes, des programmes, des livres et des autres supports pédagogiques, sous réserve de respecter l'objet de l'instruction obligatoire tel que celui-ci est défini par l'article L. 131-1-1 et de permettre aux élèves concernés l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1 ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 442-2 du code de l'éducation : " I.- Mis en œuvre sous l'autorité conjointe du représentant de l'Etat dans le département et de l'autorité compétente en matière d'éducation, le contrôle de l'Etat sur les établissements d'enseignement privés qui ne sont pas liés à l'Etat par contrat se limite () à l'instruction obligatoire, qui implique l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1 (). / () III.- L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation prescrit le contrôle des classes hors contrat afin de s'assurer que l'enseignement qui y est dispensé respecte les normes minimales de connaissances requises par l'article L. 131-1-1 et que les élèves de ces classes ont accès au droit à l'éducation tel que celui-ci est défini par l'article L. 111-1 ./ Ce contrôle a lieu dans l'établissement d'enseignement privé dont relèvent ces classes hors contrat./ Un contrôle est réalisé au cours de la première année d'exercice d'un établissement privé. / IV.- L'une des autorités de l'Etat mentionnées au I peut adresser au directeur ou au représentant légal d'un établissement une mise en demeure de mettre fin, dans un délai qu'elle détermine et en l'informant des sanctions dont il serait l'objet en cas contraire : / () 2° Aux insuffisances de l'enseignement, lorsque celui-ci n'est pas conforme à l'objet de l'instruction obligatoire, tel que celui-ci est défini à l'article L. 131-1-1, et ne permet pas aux élèves concernés l'acquisition progressive du socle commun défini à l'article L. 122-1-1 (). / S'il n'a pas été remédié à ces manquements, après l'expiration du délai fixé, le représentant de l'Etat dans le département peut prononcer, par arrêté motivé, la fermeture temporaire ou définitive de l'établissement ou des classes concernées. Il agit après avis de l'autorité compétente de l'Etat en matière d'éducation, pour les motifs tirés du 1° du présent IV, et sur sa proposition, pour les motifs tirés des 2° à 5° du présent IV. () ".
5. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués par l'association de l'école démocratique Ma Voie n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de l'association de l'école démocratique Ma Voie dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de l'association EUDEC n'est pas admise.
Article 2 : La requête de l'association de l'école démocratique Ma Voie est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association de l'école démocratique Ma Voie, à l'Association EUDEC et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au préfet de la Savoie et à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Fait à Grenoble, le 22 novembre 2022.
Le juge des référés,
T. I
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026