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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207113

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207113

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, détenu, qui contestait la décision du garde des sceaux du 26 août 2022 maintenant son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés (DPS). Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment le défaut de motivation, l'absence de consultation de la commission DPS et le défaut de communication préalable des éléments, estimant la procédure régulière. Il a également jugé que l'administration n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en se fondant sur des faits anciens mais toujours pertinents au regard des critères fixés par l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022. La décision s'appuie sur les articles L. 6, L. 211-4 et D. 223-11 du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022, M. A B, représenté par la SCP Thémis avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 26 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a maintenu son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de le retirer du répertoire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 26 août 2022 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de ce que la commission DPS du centre pénitentiaire de Valence ait statué sur son maintien sur le registre ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de ce que la synthèse du chef d'établissement, sa situation pénale et ses antécédents disciplinaires lui ont bien été communiqués afin qu'il puisse présenter des observations ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas pu formuler des observations avant la prise de la décision litigieuse et en ce que la décision se fonde sur des motifs qui ne lui ont pas été préalablement communiqués ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur de fait dès lors que la décision se fonde quasi exclusivement sur des faits particulièrement anciens et qu'il ne remplit pas les conditions fixées par le paragraphe 1.1 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative au répertoire des détenus particulièrement signalés.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu d'opérer une substitution de base légale entre, d'une part, les anciennes dispositions des articles 22 et 89 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 et de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale et, d'autre part, les nouvelles dispositions en vigueur des articles L. 6, L. 211-4 et D. 223-11 du code pénitentiaire ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022 relative au répertoire des détenus particulièrement signalés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 15 février 2014, est incarcéré au centre pénitentiaire de Valence depuis le 23 mars 2022. Il est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés depuis le 18 décembre 2018. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 26 août 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a maintenu son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés.

2. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée énonce précisément les considérations de fait qui en constituent le fondement. La circonstance qu'elle ait été prise au visa des anciennes dispositions de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 et de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale alors que ces dispositions avaient été codifiées dans le code pénitentiaire à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur l'appréciation de la suffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 223-11 du code pénitentiaire : " En vue de la mise en œuvre des mesures de sécurité adaptées, le garde des sceaux, ministre de la justice, décide de l'inscription et de la radiation des personnes détenues au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées dans des conditions déterminées par instruction ministérielle. ". Aux termes du paragraphe 1.2.2.1 de l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022 relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " La commission DPS se réunit au sein de chaque établissement dans lequel sont écrouées des personnes faisant l'objet d'une demande d'inscription ou déjà inscrites au répertoire des DPS. Elle se tient à l'initiative du chef d'établissement qui procède à la convocation de l'ensemble de ses membres au moyen du formulaire dédié () ". Aux termes du paragraphe 1.2.2.4 de cette instruction : " Au cours de la réunion, les membres de la commission formulent un avis motivé sur l'opportunité de l'inscription, du maintien ou de la radiation d'une personne détenue au répertoire des DPS en tenant compte des critères définis au paragraphe 1.1 de la présente instruction. Ils renseignent la partie les concernant dans le formulaire précité, en y apposant la date, leur identité, leur qualité et leur signature. / () / Suite à la réunion de la commission DPS, le chef d'établissement rédige une synthèse des avis des membres de la commission ainsi que de tous les éléments de nature à apprécier la pertinence de l'inscription, du maintien ou de la radiation au répertoire des DPS (annexe 2). / Il propose ensuite l'inscription, le maintien ou la radiation à la faveur de la majorité des avis émis () ". Aux termes du paragraphe 1.2.3.3.2.1 de cette instruction : " Si la personne détenue ne souhaite pas consulter son dossier, elle doit tout de même indiquer si elle souhaite présenter des observations écrites et/ou orales et être assistée ou représentée par un défenseur. / Si la personne détenue souhaite consulter son dossier. elle doit être mise en mesure, et son défenseur le cas échéant, de consulter notamment les éléments suivants : / • la synthèse des avis établie par le chef d'établissement; / • la fiche pénale ; / • le cas échéant, les antécédents disciplinaires; / • le cas échéant, les pièces fondant la décision envisagée, à l'exception des avis motivés des membres de la commission ; / • lorsque le ministre de la justice n'entend pas suivre la proposition de radiation de la commission, son avis motivé tendant au maintien au répertoire des DPS ".

4. Il ressort du dossier de procédure contradictoire versé à l'instance par la partie défenderesse que, d'une part, la commission locale des détenus particulièrement signalés a été saisie et a rendu un avis favorable au maintien de l'inscription du requérant au répertoire le 12 mai 2022, d'autre part, ce dernier a obtenu communication de la synthèse des avis des membres de la commission, de sa fiche pénale et de ses antécédents disciplinaires et a pu présenter ses observations ainsi qu'en atteste le compte rendu d'observations qu'il a signé le 1er juin 2022. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration ne s'est pas fondée dans la décision attaquée sur un motif qui ne lui aurait pas été préalablement communiqué dans le cadre de la procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, soulevé en ces différentes branches, manque en fait.

5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1.1 de l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022 relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " Les personnes détenues susceptibles d'être inscrites ou maintenues au répertoire des DPS sont celles dont au moins l'un des critères suivants est rempli : / () / 4) dont la soustraction à la justice, en raison de leurs personnalités et/ou des faits pour lesquels elles sont écrouées pourraient avoir un impact important sur l'ordre public ; / 5) susceptibles d'actes de grandes violences, ou ayant commis des atteintes graves à la vie d'autrui, des viols, actes de torture et de barbarie ou prises d'otage en établissement pénitentiaire () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, écroué depuis le 15 février 2014, a été condamné le 2 juillet 2014, notamment, pour des faits de port illégal d'arme, de violence en récidive sur une personne ayant été son conjoint et de menace de mort à l'encontre de l'entourage d'une personne dépositaire de l'autorité publique. En détention, il a adopté un comportement particulièrement violent et agressif envers le personnel pénitentiaire comme en attestent les condamnations prononcées les 14 janvier 2019, 16 janvier 2019 et 22 juin 2021 pour des faits de violence sur des personnes dépositaires de l'autorité publique, en particulier celle concernant les faits intervenus le 1er novembre 2018 sur sept surveillants au centre pénitentiaire Sud-Francilien. Il a connu, depuis 2014, treize établissements pénitentiaires et a fait l'objet de trois mesures de transfèrement par mesure d'ordre et de sécurité entre janvier 2019 et mars 2022. Dès lors, eu égard à la gravité de ces faits et à leur caractère réitéré, la décision attaquée, qui est fondée sur le fait que M. B est susceptible de commettre des actes de grande violence, n'est ni entachée d'inexactitudes matérielles, ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCP Thémis avocats et associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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