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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207206

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207206

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 3 novembre 2022, le 9 novembre 2022, le 23 janvier 2023 et le 31 janvier 2023, M. C, représenté par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- la décision n'a pas été prise dans un délai raisonnable à la suite de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales notamment en raison d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en ce qu'elle procède de la décision de refus de séjour, elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Aldeguer et de M. C,

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, né en 1981, déclare être entré en France le 27 mars 2012. Suite au rejet de sa demande d'asile en date du 12 janvier 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 juillet 2017, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er décembre 2017, le préfet de l'Isère a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination le 26 février 2018. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n°1801426 en date du 4 avril 2018. M. C a ensuite bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour entre le 9 septembre 2020 et le 8 décembre 2020. Le requérant a sollicité le 3 février 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté en date du 21 octobre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

3. Le préfet de l'Isère a versé au débat l'avis rendu le 19 avril 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a considéré que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qui pourrait être pris en charge dans son pays d'origine où il peut se rendre sans risque au regard de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis ne pourra qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, pour refuser le titre de séjour sollicité par M. C, le préfet de l'Isère s'est fondé sur l'avis du 19 avril 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a rendu les conclusions mentionnées au point précédent. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant soutient que ses soins médicaux se poursuivent en France, il n'établit ni même n'allègue une aggravation de son état de santé ou une quelconque modification du traitement approprié à cet état de santé, dont il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas en bénéficier en Tunisie. La circonstance que l'avis du collège des médecins de l'OFFI ait été rendu plus d'un an avant la décision contestée est dès lors sans incidence sur la légalité de celle-ci. Ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire mentionné aux articles () L. 425-9 () ". Aux termes de l'article R. 432-7 de ce même code, " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet ou, à Paris, le préfet de police. / La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ou une décision de retrait d'un titre de séjour dans les conditions définies à l'article L. 432-13, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans ".

6. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les articles mentionnés à l'article L. 432-13 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. C ne satisfaisant pas, selon les motifs exposés aux points 3 et 4, aux conditions posées par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de sa demande d'admission au séjour. Dès lors, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de procéder à la consultation de la commission du titre de séjour. Au surplus, le requérant soutient qu'il justifie d'une présence de plus de dix ans sur le territoire français. Cependant, d'une part il ressort des pièces du dossier qu'il n'établit pas être en France depuis plus de dix ans, la seule pièce probante versée au dossier étant datée du 22 septembre 2014. D'autre part, le requérant n'a pas sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, cette disposition ne lui est pas applicable. Ainsi, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi ainsi que l'accès effectif à celui-ci. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de l'Isère s'est notamment fondé sur l'avis du 19 avril 2021 défavorable à l'intéressé. Dans cet avis, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine où il peut voyager sans risque. Cependant, M. C ne conteste pas l'avis du 19 avril 2021 et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins adaptés dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. C soutient qu'il est entré en France en 2012, et verse des pièces au dossier permettant d'attester sa présence depuis 2014. S'il est le père de deux enfants nés en France, l'intéressé ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci depuis leur naissance. En effet, il ne démontre aucun élément permettant d'établir qu'il réside avec sa compagne et ses enfants. Alors même qu'il justifie d'une insertion professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait se réinsérer professionnellement en Tunisie où il n'établit pas être dépourvu d'attache familiale, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident ses deux premiers enfants mineurs ainsi que ses parents et sa fratrie. Il résulte des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas d'une vie privée et familiale encrée dans la durée sur le territoire français. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la mesure sur la situation familiale ou personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. C, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente rapporteure,

D. B

L'assesseure,

E. Barriol

La greffière,

C Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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