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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207219

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207219

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée sous le n° 2207219, le 4 novembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 29 novembre 2022, Mme D, représentée par Me Mathis demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Savoie lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour d'un an, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie à titre principal de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention 'vie privée et familiale', et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie à réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement ;

4°) de lui octroyer l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de condamner le préfet de la Savoie à lui verser la somme de 1200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, celle-ci s'engageant à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

II- Par une requête enregistrée sous le n° 2207247, le 4 novembre 2022, des pièces complémentaires enregistrées le 29 novembre 2022, M. C E, représenté par Me Mathis demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Savoie lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour d'un an, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie à titre principal de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention 'vie privée et familiale', et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement ;

4°) de lui octroyer l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de condamner le préfet de la Savoie à lui verser la somme de 1200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, celui-ci s'engageant à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'Aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

Les refus d'admission au séjour :

- sont insuffisamment motivés ;

- sont entachés d'un défaut d'examen de leur situation ;

- sont entachés d'un vice de procédure en l'absence de justification des avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de l'existence des rapports médicaux établis par le médecin de l'OFII et d'une composition du collège de médecins conforme à celle prévue par l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qui concerne Mme A ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation ;

Les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions d'admission de titre de séjour et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les décisions fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions d'admission au séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français et méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, sont insuffisamment motivées, et n'étaient pas nécessaires.

Par des mémoires enregistrés le 7 décembre 2022, et communiqués avant l'audience, le préfet de la Savoie conclut au rejet des requêtes.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Mathis pour les requérants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. C, ressortissants angolais, nés respectivement en 1986 et 1974, déclarent être entrés sur le territoire français le 9 février 2019. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par décisions du 30 juillet 2021, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 29 mars 2022. Mme A a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 10 mai 2022. Par arrêtés du 13 octobre 2022, le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction sur le retour sur le territoire français durant un an.

2. Les requêtes ci-dessus visées sont relatives à la situation administrative d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les refus d'admission au séjour :

4. Les arrêtés attaqués indiquent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté, alors même que tous les éléments relatifs aux intéressés ne sont pas mentionnés. En outre, il ressort des pièces du dossier et des termes de ces arrêtés qu'ils ont été pris à l'issue d'un examen réel de la situation des requérants.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lui-même rendu après transmission d'un rapport médical établi par un médecin instructeur qui ne doit pas siéger au sein de ce collège.

6. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Savoie, que contrairement à ce qui est soutenu, les dispositions citées au point précédent, et notamment celles prévoyant un avis du collège de médecins de l'OFII du 8 août 2022, précédé un rapport médical, ont été respectées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

7. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

8. En l'espèce, l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 août 2022 indique que l'état de santé Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre de troubles anxio-dépressifs dont la prise en charge consiste en un traitement médicamenteux associant des antidépresseurs. Si les certificats médicaux produits évoquent la nécessité d'un traitement, les pièces produites au dossier ne permettent pas de contredire sérieusement l'appréciation portée par le collège médical de l'OFII quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En tout état de cause, le préfet de la Savoie justifie de la disponibilité du traitement pour troubles anxio-dépressifs en Angola. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas avoir effectivement engagé de processus de procréation médicalement assistée à la date de la décision attaquée.

9. Les requérants soutiennent que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et d'une atteinte excessive à leur droit au respect de la vie privée et familiale. Il ressort des pièces du dossier qu'ils sont présents en France depuis moins de quatre ans à la date des décisions attaquées. Ils ont vu tous deux leur demande d'asile rejetée. S'ils font état de la participation à des actions de bénévolat, ils ne justifient pas d'une intégration particulièrement forte en France, alors qu'ils ont vécu plus de quarante ans hors du territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, du fait de l'illégalité des refus d'admission au séjour doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux précisés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

12. Au vu de ce qui précède, les requérant ne sont pas fondés à invoquer l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour.

13. Les requérants soutiennent qu'ils risquent de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Toutefois, ils n'établissement pas la réalité des risques personnellement encourus alors que leur demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le préfet qui s'est livré à un examen particulier de leur situation n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les décisions prononçant une interdiction de retour :

14. Au vu de ce qui précède, les requérants ne sont pas fondés à invoquer l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour.

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

16. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes des décisions litigieuses, que le préfet de la Savoie a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, prise au visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les motifs qu'il sont récemment entrés en France, qu'ils sont dans la même situation au regard du droit au séjour, qu'ils ne justifient pas de la nature et de l'ancienneté des liens avec la France, alors que la fille mineure de la requérante réside en Angola. Dans ces conditions, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

17. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour des requérants en France, le préfet de la Savoie a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, considérer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an pouvait s'appliquer aux requérants, eu égard à leur situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment.

18. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Mme A et M. C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes susvisées sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à M. C, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022

La magistrate désignée,

D. B

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2207219 2207247

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