jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 4 novembre 2022 et 18 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou à défaut un certificat de résidence d'un an et ce dans un délai de 30 jours à compter de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et dans le délai de deux jours suivant la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère une somme de 1500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en raison d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 6 alinéa 2 et 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors que le refus de titre de séjour est illégal ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour et que la décision portant obligation de quitter le territoire français sont illégales ;
- elle méconnaît les dispositions l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 5 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Mathis, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 25 juin 1971, est entrée en France en 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle s'est mariée le 2 mars 2019 avec Mme B, ressortissante française. Suite à sa demande, en date du 31 juillet 2019, elle a obtenu un titre de séjour en qualité d'épouse de ressortissante française jusqu'au 30 juillet 2020. Elle a sollicité le 19 juin 2020 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 24 août 2022, dont elle sollicite l'annulation, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. La seule circonstance que le préfet ne mentionne pas, dans l'arrêté, le courrier du 4 août 2022 ne suffit pas à entacher la décision d'un défaut de motivation ou d'une erreur de fait. Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et n'est pas entaché d'une erreur de fait. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2°) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".
5. Pour rejeter la demande de renouvellement de certificat de résidence, le préfet de l'Isère a opposé à Mme B, l'absence de communauté de vie entre les épouses. Il ressort des pièces du dossier que la remise en cause du caractère effectif de la communauté de vie procède des conclusions d'une enquête de gendarmerie menée le 13 juillet 2020 et diligentée au domicile de son épouse et au domicile son oncle. Il ressort de ces investigations que la communauté de vie n'a pas pu être constatée, l'enquête relevant par ailleurs que la requérante et son épouse ont volontairement menti et caché des éléments sur leur situation et sur le domicile de Mme D, épouse B. L'enquête a également révélé de nombreuses incohérences dans le discours de la requérante et de son épouse. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier en date du 4 août 2022, que la requérante reconnaît une absence de cohabitation du couple mais affirme le maintien de la communauté de vie. En effet, Mme B justifie vivre dans une résidence séparée de son épouse, qui vit chez sa mère, en raison de circonstances matérielles indépendantes de leur volonté. En ce sens, elle affirme que sa relation n'est pas acceptée par la famille de son épouse ce qui l'empêche de vivre avec elle au domicile de sa mère. Toutefois, en se bornant à produire des attestations très peu circonstanciées de son épouse et de ses proches et des avis d'imposition, la requérante ne justifie pas de la réalité de la communauté de vie avec son épouse. En effet, elle n'apporte à l'instance aucune photographie du couple, aucun élément permettant de démontrer qu'elles se retrouvent régulièrement, ni aucune pièce de nature à établir que la communauté de vie a perduré, nonobstant la résidence séparée des épouses. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 6 alinéa 2 et 7 bis a) de l'accord franco-algérien doit être écarté.
6. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et filiale " est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () " et qu'aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Mme B, se prévaut de sa présence en France depuis 2016 et de la présence de son épouse et de son fils majeur sur le territoire. Cependant, l'existence d'une communauté de vie avec son épouse a été remise en cause par le préfet. En outre, alors même qu'elle justifie d'une insertion professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait se réinsérer professionnellement en Algérie. En effet, elle n'établit pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine où elle a vécu la majorité de sa vie et où résident ses parents, ses trois frères et ses trois sœurs. Par ailleurs, elle soutient encourir des risques en cas de retour en Algérie du fait de son homosexualité, mais ne produit aucun élément de nature à corroborer ses allégations hormis ses propres déclarations, celle de sa famille et des articles de presse sur la situation en Algérie. Dès lors, elle ne produit aucun élément probant de nature à démontrer la réalité des risques auxquels elle dit être personnellement exposés. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, Mme B, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces deux décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant de pays de destination.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Mme B soutient qu'elle ne peut vivre en sécurité en Algérie et qu'elle encourt des risques pour sa sécurité personnelle, en raison de son homosexualité. Elle expose ainsi qu'elle ne peut retourner en Algérie du fait de la répression de l'homosexualité dans ce pays. Toutefois, la requérante ne verse au dossier aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques personnels, directs et actuels qu'elle encourrait en cas de retour en Algérie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 24 août 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
La présidente rapporteure,
D. C
L'assesseure,
E. Barriol
La greffière,
C Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026