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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207269

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207269

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par deux requêtes et deux mémoires enregistrés le 4 novembre et le 19 décembre 2022, M. A B et Mme C B, représentés par la SARL Novas Avocats, demandent au tribunal, chacun en ce qui le concerne :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet, d'une part et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'une semaine à compter de la date de notification du jugement à intervenir ; d'autre part, de faire supprimer toute mention de son nom dans le fichier Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. et Mme B soutiennent, chacun en ce qui le concerne, que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 janvier 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet des deux requêtes.

La préfète conteste les moyens soulevés par les requérants.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet, présidente,

- et les observations de Me Combes, représentant M. et Mme B.

1. M. et Mme B, ressortissants albanais respectivement nés en janvier 1988 et novembre 1994, sont entrés en France en janvier 2017. Le statut de réfugiés leur a été refusé par la cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2018 et le préfet leur a fait obligation de quitter le territoire par des arrêtés du 24 juillet 2018. Leurs demandes de réexamen au titre de l'asile ont été rejetées comme irrecevables le 16 janvier 2019. Le 7 mars 2022, ils ont demandé la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués du 30 septembre 2022, la préfète de la Drôme a refusé de leur délivrer le titre demandé, les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours ou, à défaut, lorsque l'état de santé de l'épouse, enceinte, le permettrait et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes n°2207269 et 2207270 concernent le droit au séjour d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. Les dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que le tribunal juge les arrêtés portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. Il n'a pu être statué sur la demande d'aide juridictionnelle du requérant dans ce délai. Par suite, il y a lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme D E, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfète de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Argouarc'h en application d'un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date des arrêtés attaqués, la secrétaire générale de la préfecture, Mme Argouarc'h, n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. M. et Mme B sont arrivés en France en janvier 2017 avec leur fils aîné né en novembre 2013 et ils ont eu en France deux enfants nés en novembre 2017 et octobre 2022. M. B justifie avoir été employé comme ouvrier maçon en mai et juin 2021 puis entre octobre 2021 et janvier 2022 à raison de quelques jours par mois. Mme B justifie avoir pris des cours de français, participer bénévolement " de manière régulière " au fonctionnement d'une association ayant aidé la famille et produit une promesse d'embauche pour assister une personne âgée. Le couple s'héberge par lui-même depuis septembre 2020. Cependant, ces seules circonstances, si elles témoignent d'efforts d'insertion réels, ne permettent pas de retenir que le refus de titre porterait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de ce couple, arrivé récemment en France à l'âge de 29 et 22 ans. Ils n'ont aucune attache personnelle ou familiale en France et s'y sont, au surplus, maintenu en se soustrayant à l'obligation de quitter de territoire prononcée à leur encontre en 2018. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le refus de titre méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Les circonstances énoncées au point 6 dont les requérants se prévalent ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En quatrième lieu, les refus de titre n'ont pas pour effet d'interrompre la scolarité des deux enfants aînés du couple et ne méconnaissent donc pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français.

10. En premier lieu, dans les circonstances énoncées au point 6, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme

11. En second lieu, les deux enfants aînés du couple peuvent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. La seule circonstance que les deux plus jeunes enfants soient nés en France et que les deux aînés parlent français ne permet pas de retenir que les décisions faisant obligation de quitter le territoire méconnaîtraient les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions en injonction seront rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Partie perdante, M. et Mme B ne peuvent prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B, à Me Combes et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

Mme Bailleul, première conseillère,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

La présidente-rapporteure,

A Triolet

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

C. Bailleul

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2207270

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