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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207278

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207278

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 9 décembre 2022, M. B A, représenté C Me Simon, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

- 1°) d'enjoindre au Préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros C jour de retard ;

- 2°) d'enjoindre au Préfet de l'Isère de lui fixer un rendez-vous pour la lui remettre dans un délai de 3 jours à compter de la décision à intervenir ;

- 3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il établit l'impossibilité de se voir remettre une autorisation de travail en fournissant la preuve qu'il a vainement sollicité la préfecture de l'Isère en ce sens ; il se retrouve plongé dans une situation précaire anormalement longue, ce qui crée à l'évidence une situation d'urgence ; il ne dispose d'aucune ressource financière et dépend entièrement du soutien de sa mère chez qui il est assigné à résidence ; son père est quant à lui décédé ; sa mère ne touche que les allocations chômage de la part de Pôle emploi à hauteur de 770 euros C mois ;

- la mesure sollicitée est utile ; il a reçu deux promesses d'embauche auxquelles il doit répondre rapidement ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; aucune décision faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux n'a pu

naître de l'absence de diligence de la préfecture à remettre l'autorisation de travail en application d'une décision de justice.

C un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la demande n'est pas urgente et qu'elle se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies C les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées C l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

2. C ailleurs, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1o L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () 6o L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; () ". Aux termes de son article R. 732-6 : " L'assignation à résidence prononcée en application de l'article L. 731-3 peut être assortie d'une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de son article R. 5221-17 : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise C le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

3. C une ordonnance du 29 juin 2022, le juge des référés du Tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2021 C lequel le ministre de l'intérieur a expulsé M. B A du territoire français et de l'arrêté du 17 février 2022 C lequel le ministre de l'intérieur l'a astreint à résider dans le département de l'Isère, dans les limites de la commune de Grenoble. Il a, C ailleurs, enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation de travail.

4. M. B A justifie avoir saisi le préfet de l'Isère, notamment le 21 juillet 2022, d'une demande d'autorisation de travail et produit trois promesses d'embauche, dont une du 12 décembre 2022, au sein de deux entreprises grenobloises.

5. Si les dispositions précitées de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas à l'autorité administrative qui prononce une assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de l'assortir d'une autorisation de travail, qui demeure C conséquent une faculté, l'ordonnance du juge des référés du Tribunal administratif de Paris en date du 29 juin 2022 a suspendu l'exécution de l'arrêté du 17 février 2022 C lequel le ministre de l'intérieur a astreint M. A à résider dans le département de l'Isère. C ailleurs, cette même ordonnance enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation de travail. La circonstance invoquée C le préfet de l'Isère selon laquelle un pourvoi en cassation contre cette ordonnance a été introduit devant le Conseil d'État C le ministre de l'intérieur ne le dispense pas d'assurer l'exécution de cette injonction prononcée dans le cadre d'une décision de justice, qui présente un caractère provisoire dans l'attente du re´examen de la situation de M. A C le ministre de l'Intérieur, contrairement à ce qu'il soutient. Il en est de même des circonstances selon lesquelles l'intéressé était dépourvu de titre de séjour avant l'arrêté ministériel d'expulsion et qu'il ne pouvait plus travailler depuis le retrait de son statut de réfugié, étant en outre, observé que C un avis du 15 février 2022, la Cour nationale du droit d'asile a estimé que l'arrêté du ministre de l'intérieur fixant la Fédération de Russie comme pays de destination à l'égard duquel M. A doit être éloigné, méconnaît l'article 33 de la Convention de Genève, lu conjointement avec le droit de l'Union européenne et l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si en l'absence de demande d'autorisation de travail présentée C un employeur au bénéfice de l'intéressé, M. A ne peut se voir délivrer immédiatement une autorisation de travail, il est, toutefois, en droit, dans les circonstances rappelées ci-dessus, d'obtenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

6. C ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intéressé, qui ne dispose d'aucune ressource financière et dépend entièrement du soutien de sa mère, se trouve plongé dans une situation précaire depuis plusieurs mois, qu'une psychologue a noté la détérioration de son état de santé mentale. Ces circonstances caractérisent l'urgence. Il résulte, en outre, de tout ce qui précède que la mesure demandée C M. A présente un caractère d'utilité. Elle ne se heurte, en l'état, à aucune contestation sérieuse. C suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le temps du réexamen de la situation de M. A C le ministre de l'intérieur. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée C le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travailler, le temps du réexamen de sa situation C le ministre de l'intérieur, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au préfet de l'Isère et au ministre de l'Intérieur.

Fait à Grenoble, le 14 décembre 2022.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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