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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207322

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207322

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Djinderedjian demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction de retour d'un an, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les meilleurs délais à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte sous un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative outre les articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en date du 6 décembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 19 août 1997, ressortissant albanais, déclare être entré en France le 28 octobre 2021. Le 5 novembre 2021, il a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) du 5 avril 2022. M. B a formé un recours devant la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) le 27 juillet 2022. Par un arrêté en date du 18 octobre 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Il résulte des termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. M. A B n'établit pas avoir de liens personnels ou familiaux anciens et intenses en France, en dehors de la présence de sa mère qui est dans la même situation administrative que lui. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie, pays dont les membres de la famille ont la nationalité et dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. Si elle fait état de son état de santé, l'attestation produite fait état de la nécessité de ne pas la séparer de son fils. Le requérant dont la demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'apporte aucune pièce probante de nature à établir la réalité et la gravité des risques auxquels sa famille serait exposée en cas de retour dans leur pays d'origine et n'établit pas qu'il ne pourrait mener sa vie familiale qu'en France. Eu égard, en tout état de cause, au caractère récent de la présence en France de l'intéressé, l'éloignement de M. A B ne porte pas une atteinte excessive à son droit de mener une vie normale. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

5. M. A B fait valoir qu'il risque d'être exposé à des menaces dans son pays d'origine. Toutefois, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir les risques allégués. Ces pièces n'établissent pas davantage l'incapacité des autorités albanaises à lui apporter une protection. Dans ces circonstances, l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée, au demeurant, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

7. Il résulte des dispositions qui précèdent que le préfet peut assortir une obligation de quitter le territoire français accordant à l'étranger un délai de départ volontaire, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans. Le prononcé et la durée de cette interdiction doivent être appréciés au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Il ressort de la décision attaquée que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a, après avoir visé l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indiqué que le requérant ne présente pas d'atteinte à l'ordre public, qu'il n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis un an, que sa mère est dans la même situation administrative que lui en France et qu'il n'établit pas être démuni de lien familial dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, il n'est pas établi que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen préalable de la situation du requérant au regard des critères susvisés. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie, qui a motivé sa décision, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué dans son ensemble doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La magistrate désignée,

D. C

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 220732

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