jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HINGREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2022, le 8 décembre 2022 et le 10 août 2023, M. D E et Mme B C, représentés par Me Bayon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté 12 mai 2022 par lequel le maire de la commune d'Habère-Lullin a accordé un permis de construire à la SARL Batiplus 2, ensemble la décision implicite et la décision expresse du 15 septembre 2022 par lesquelles le maire de la commune d'Habère-Lullin a rejeté leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Habère-Lullin la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la commune d'Habère-Lullin aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté de permis de construire a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision méconnait les dispositions de l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey ;
- elle méconnait les dispositions de l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey et de l'orientation d'aménagement de programmation patrimoniale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3.2 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 4.1 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 7.1 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la SARL Batiplus 2, représentée par Me Pichon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la commune d'Habère-Lullin, représentée par Me Philippe, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un courrier du 23 août 2023, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la possibilité pour le tribunal de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 et l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 25 août 2023, les requérants ont produit des observations en réponse au courrier du 23 août 2023.
Par un mémoire enregistré le 25 août 2023, la commune de Vétraz-Monthoux a produit des observations en réponse au courrier du 23 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Habère-Lullin ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane, président,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- les observations de Me Bayon, représentant les requérants, de Me Debris, représentant la commune d'Habère-Lullin et de Me Pichon représentant la SARL Batiplus 2.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 12 mai 2022, le maire de la commune d'Habère-Lullin a accordé à la SARL Batiplus 2 un permis de construire pour l'édification d'un projet immobilier de neuf villas comprenant douze logements sur les parcelles cadastrées section B numéros 1730, 3295, 1727 et 3297. Par un recours gracieux du 9 juillet 2022, les requérants ont adressé un recours gracieux au maire de la commune d'Habère-Lullin tendant au retrait de cette décision. Le maire a accusé réception de ce recours le 1er septembre 2022 qui été implicitement rejeté le 1er décembre 2022. Par la présente requête M. E et Mme C demandent au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Par un arrêté du 29 mai 2020, le maire de la commune d'Habère-Lullin a donné à M. D A délégation pour signer " tous documents liés aux demandes d'autorisations d'occupation des sols ". Eu égard à son objet, l'arrêté attaqué délivrant un permis de construire à la SARL Batiplus 2, entre dans le champ des missions que l'arrêté du 29 mai 2020 confie à M. A. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. Aux termes du principe relatif aux espaces collectifs de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) du Pessey : " Une armature d'espaces collectifs de qualité, combinant minéraux et espaces végétaux, doit être recherchée en accompagnement du projet () Un espace vert collectif (EVC) est à positionner et aménager () ". Il ressort du schéma annexé aux principes de l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu imposer la création de deux espaces collectifs.
4. En l'espèce, le projet ne prévoit la création que d'un seul espace collectif. Ainsi et même si celui-ci présente les caractéristiques cumulées d'un espace vert et d'un espace collectif ayant une vocation différente, cette circonstance n'est pas de nature à rendre le projet compatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey qui impose la création de deux espaces distincts à positionner sur la parcelle. Le moyen tiré de l'absence d'un second espace collectif doit donc être accueilli. La circonstance que ces espaces ne soient pas positionnés à l'espace indiqué sur les schémas annexés à l'orientation n'est toutefois pas de nature à rendre le projet incompatible avec ces dispositions dès lors que ces schémas n'ont pas un caractère prescriptif mais simplement illustratif.
5. Aux termes du principe d'aménagement relatif aux accès et dessertes de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) du Pessey : " : L'accès au secteur est assuré depuis la route du Pessey, à sécuriser au niveau de son carrefour avec la RD 12 (à l'aval) - Une voie de desserte unique desservira le secteur, et s'accompagnera d'un jalonnement piéton ".
6. Il ressort du schéma associé à ce principe d'aménagement, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu imposer la création d'un seul accès associé à une voie unique desservant l'ensemble du tènement. Par suite, en prévoyant une voie de desserte depuis la rue du Pessey ainsi que deux autres accès distincts pour desservir les villas numéros deux et trois, le permis de construire est incompatible avec le principe d'aménagement précité. Par suite, le moyen doit être accueilli.
7. Aux termes du principe d'aménagement relatif aux formes urbaines et à la typologie d'habitat de l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey : " () Le projet urbain doit faire l'objet d'une intégration paysagère et environnementale réfléchie, notamment du point de vue de son adaptation à la pente, avec laquelle il devra composer, sans modification importante du terrain naturel (voir précisions sous OAP Patrimoniale) ". Aux termes du principe d'aménagement relatif à l'insertion paysagère des constructions neuves de l'orientation d'aménagement et de programmation patrimoniale : " La construction dans une pente impose toujours un terrassement (exhaussement / remblais), plus ou moins important. Ainsi il est souhaitable de privilégier un sens d'implantation du bâtiment parallèlement ou perpendiculairement aux courbes de niveau ; le choix étant sujet à la volumétrie des constructions voisines, ou aux critères privilégiés de la construction : accès et accessibilité, orientations et " vues ", isolation thermique () En cas de modification (dûment justifiée) du terrain naturel : () Les talus doivent se rapprocher de formes naturelles et, dans la mesure du possible, maintenus en simples prés () ".
8. Si les requérants soutiennent que le projet conduira à création d'un talus de 45° sur la parcelle B 3120 et à une modification importante de la configuration et de la hauteur du terrain naturel, il ressort des dispositions précitées que l'orientation d'aménagement et de programmation patrimoniale n'a entendu interdire ni la création de talus ni les terrassements nécessaires aux constructions. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan n°PC-03 relatif au profil du terrain que celui-ci sera aménagé et terrassé dans le respect de la pente initiale. Ainsi, le moyen doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 3.2 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin : " Le comble ne peut comporter plus de 1 niveau, et ne peut excéder 1,80 m à la sablière en bas de pente de toiture à pan. ".
10. Les requérants font valoir que le premier étage des villas constitue un comble dès lors qu'il correspond à l'espace unique entre le plancher le plus haut et la toiture et que ce comble méconnait les dispositions précitées de l'article 3.2 AUH du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'espace situé entre le plancher et la sablière est supérieur à 1,80 mètre. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des plans de coupe produits à l'échelle, que la hauteur entre le plancher du premier étage et l'égout de toit est supérieure à 1,80 mètre, cette hauteur est ainsi suffisante pour caractériser un espace aménageable en dessous de l'égout de toit et ne peut par conséquent être qualifiée de comble. Par conséquent l'espace entre le dernier plancher et la toiture étant un étage, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.2 UH du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant.
11. Aux termes de l'article 4.1 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin : " Aspect des façades : Les façades des constructions dans leur modénature, leurs matériaux et leurs teintes doivent s'inspirer de l'architecture traditionnelle de la vallée sans pour autant la copier. () La minéralité des façades doit être dominante par rapport à l'emploi du bois. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice descriptive que les façades des maisons seront composées d'un enduit de couleur claire " pour la majorité de sa superficie ". Par suite, la circonstance que les façades des villas soient pour partie recouvertes d'un bardage en bois gris clair n'est pas nature à faire regarder le projet comme méconnaissant les dispositions précitées du plan local d'urbanisme. Le moyen doit donc être écarté.
13. Aux termes de l'article 7.1 AUH du règlement du plan local d'urbanisme d'Habère-Lullin : " 7.1 Accès : L'occupation et utilisation du sol est refusée si le raccordement d'un accès privé à une voie publique provoque une gêne ou présente un risque pour la sécurité des usagers de la voie publique ou pour celle des personnes utilisant cet accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment de la position de l'accès, de sa configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic () ".
14. En se limitant à soutenir que les trois accès prévus depuis la route du Pessey " ne sont pas conformes à l'article 7.1 du règlement ", les requérants n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé du moyen. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme dépourvu de précisions. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation du Pessey dès lors qu'il prévoit trois accès au lieu d'un seul.
Sur les conséquences de l'illégalité :
15. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
16. Lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif peut, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Lorsqu'il décide de recourir à l'article L. 600-5-1, il lui appartient, avant de surseoir à statuer sur le fondement de ces dispositions, de constater préalablement qu'aucun des autres moyens n'est fondé et n'est susceptible d'être régularisé et d'indiquer dans sa décision de sursis pour quels motifs ces moyens doivent être écartés.
17. Les vices invoqués aux points 4 et 6 étant susceptibles d'être régularisés, il y a lieu de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer et de fixer à 4 mois à compter de la notification du présent jugement le délai imparti à SARL Batiplus 2 pour justifier d'une mesure de régularisation des vices entachant l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel le maire de la commune d'Habère-Lullin a délivré le permis de construire attaqué.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer, jusqu'à l'expiration d'un délai de 4 mois à compter de la notification du présent jugement, pour permettre à la SARL Batiplus 2 d'obtenir un permis modificatif régularisant les vices mentionnés aux points 4 et 6 du jugement.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et Mme B C, à la commune d'Habert-Lullin et à la SARL Batiplus 2.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauveplane, président,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.
Le président,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
C. Letellier
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026