Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207414
mercredi 7 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision notifiée le 7 novembre 2022 par laquelle le préfet a rejeté sa demande de regroupement familial présenté en faveur de son épouse, Mme D, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'admettre Mme D au bénéfice du regroupement familial, dans les huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie compte tenu de la durée de la séparation du couple ;
- il existe un doute sérieux existe sur la légalité de la décision attaquée puisqu'il remplit toutes les conditions pour bénéficier du regroupement familial et que cette décision méconnait donc les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article L. 434-6 ne lui est pas opposable ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 14 novembre 2022 sous le numéro 2207415 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Joly, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Coutaz, représentant M. A et de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A a déposé le 31 août 2021 une demande de regroupement familial au profit de son épouse, ressortissante marocaine. Compte tenu de la durée de la séparation du couple, la condition d'urgence est remplie en l'espèce.
3. En l'état de l'instruction le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de celle-ci.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Le préfet de l'Isère, qui n'a pas produit en défense et n'était pas présent à l'audience du juge des référés, ne fait valoir aucun autre motif que celui exposé dans sa décision et dont il a été jugé au point précédent que sa légalité pouvait être sérieusement mise en doute. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'admettre provisoirement Mme A née D au bénéfice du regroupement familial dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte provisoire de 100 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A en application de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision notifiée le 7 novembre 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère d'admettre provisoirement Mme A née D au bénéfice du regroupement familial dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte provisoire de 100 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 07 décembre 2022 .
Le juge des référés,
J.P. B
La greffière
V. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.