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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207439

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207439

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 14 novembre 2022 et le 8 février 2023, M. F C, représenté par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit d'être entendu tel qu'énoncé et contenu dans les principes généraux du droit de l'Union européenne repris par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que le refus de titre de séjour est illégal ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces enregistrées le 7 février 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wyss,

- et les observations de Me Miran, substituant Me Samba-Sambeligue, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, ressortissant kosovar, né le 30 juillet 1954, est entré en France pour la dernière fois à la date déclarée du 29 novembre 2010. Le 30 décembre 2010, il a sollicité l'asile. Par une décision du 8 juillet 2011, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par une décision du 11 décembre 2012 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 22 janvier 2013, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 16 juillet 2013, le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé. Le recours formé par M. C à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n°1305053 du tribunal administratif de Grenoble du 16 janvier 2014, confirmé par un arrêt n° 14LY00360 du 19 février 2015 de la cour administrative d'appel de Lyon. Le 10 juin 2015, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 31 octobre 2016, le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé. Le recours formé par M. C à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n°1606698 du tribunal administratif de Grenoble du 2 février 2017, confirmé par un arrêt n° 17LY01024 du 28 septembre 2017 de la cour administrative d'appel de Lyon. Le 31 octobre 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter du 1er mai 2021. Par un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E B, sous-préfète et secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 2 février 2022, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comportement notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

5. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. La mesure contestée intervient après que l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux au cours d'un rendez-vous fixé par ces derniers durant lequel il a pu exposer l'ensemble de sa situation. Même si M. C n'a pas été invité à présenter des observations sur une éventuelle mesure d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre dans l'hypothèse où sa demande de titre de séjour serait refusée, il a ainsi pu exposer les motifs pouvant faire obstacle à son éloignement. En tout état de cause, il n'établit pas qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation et de nature à modifier l'appréciation du préfet. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, dans un premier temps, de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou est justifiée au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels en ce sens, d'envisager la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, où le demandeur justifie d'une promesse d'embauche, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de la situation personnelle de l'intéressé, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. M. C se borne à soutenir que l'état de santé de son épouse nécessite sa présence à ses côtés. Toutefois, le requérant, qui ne soutient ni même n'allègue que son épouse serait en situation régulière en France à la date de la décision attaquée, n'établit pas, par les certificats médicaux qu'il produit, rédigés de manière peu détaillée par un médecin généraliste, que l'état de santé de son épouse constituerait, eu égard à sa gravité, une circonstance humanitaire justifiant la régularisation de sa situation administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, M. D se borne à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Si M. C soutient être en France depuis 2010, sans pouvoir en justifier, il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée de son séjour est essentiellement liée à son maintien en situation irrégulière malgré deux précédentes mesures d'éloignement en 2013 et 2015 qu'il n'a pas exécutées, ainsi qu'il a déjà été mentionné au point 1. Par ailleurs, si son épouse et leur fils se trouveraient également sur le territoire français, rien ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment au Kosovo, pays dont tous les membres de ladite cellule possèdent la nationalité, et où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie et où il conserve de fortes attaches, et où il ne ressort pas des pièces des dossiers que son épouse ne pourrait recevoir les soins adaptés à son état de santé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprend ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 9.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

14. Les conclusions présentées par M. C au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président-rapporteur,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J.P. Wyss

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

E. BARRIOL La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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