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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207485

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207485

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 novembre 2022 et 20 février 2023, Mme B D, représentée par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont distraction au profit de son conseil.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité administrative incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les dispositions des articles L. 423-7 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers n'exigent pas une communauté de vie entre les parents ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucune disposition n'exige du parent français de justifier d'une contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement méconnaît son droit d'être entendue ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est manifestement disproportionnée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février 2023.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Samba Sambeligue, avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante camerounaise née le 30 septembre 1986, est entrée en France le 14 juillet 2019, selon ses déclarations. Elle a présenté une demande de titre de séjour le 6 avril 2021, sur le fondement de l'ancien article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 6 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait et doit être écarté.

3 En deuxième lieu, le refus de titre de séjour mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. L'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme D.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

6. Compte tenu du mode d'établissement de la filiation paternelle, Mme D doit justifier remplir les conditions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère d'un enfant français, né le 5 mars 2020, qui a été reconnu par son père, le 24 juillet 2020. Si la requérante fait valoir que le père de l'enfant contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils en versant une contribution financière tous les mois et en lui rendant visite périodiquement, elle n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun justificatif établissant que le père contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Contrairement à ce que soutient Mme D, il lui appartenait, en vertu des dispositions de l'article L. 423-8 précitées, de justifier du fait que le père de l'enfant contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ce dernier, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. Par ailleurs, le préfet s'est borné à apprécier l'implication du père de l'enfant en se référant aux conditions de séjour en France de la requérante sans ajouter de conditions supplémentaires aux dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tirées notamment de l'exigence d'une vie commune entre les parents. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision de refus d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

9. Il n'est pas contesté d'une part, que l'enfant vit avec sa mère et d'autre part, que celle-ci contribue à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, la requérante ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et le moyen tiré de la méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander uniquement l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. L'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination implique, eu égard aux motifs qui la fondent, que le préfet de l'Isère réexamine la situation de Mme D et, pour ce faire, statue de nouveau sur son droit au séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, le préfet délivrera, dans un délai de quinze jours, à Mme D une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme D au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de l'Isère du 6 juillet 2022 obligeant Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de Mme D dans le délai de trois mois et de lui délivrer dans un délai de quinze jours une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces deux délais courant à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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