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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207486

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207486

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu énoncé par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permet pas de prendre une mesure d'éloignement à son encontre ;

- le préfet aurait dû viser l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée ne repose sur aucune base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement étant dépourvue de base légale, la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et demande une substitution de base légale entre le 3° de l'article L. 611-1 et les articles L. 411-2, L. 251-1 et L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Samba Sambeligue, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 16 mai 1976, serait entré en France en 2013, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 29 novembre 2013, un titre de séjour en invoquant la nationalité espagnole de sa compagne et la qualité de ressortissants européens de ses deux enfants mineurs. Il a bénéficié de titres de séjour entre le 10 mars 2014 et le 9 mars 2017. Il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 6 juillet 2017. Le recours exercé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Grenoble le 4 août 2017. M. B a de nouveau bénéficié d'un titre de séjour entre le 11 mars 2019 et le 10 mars 2020. Il a sollicité, le 24 février 2020, un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne. Par un arrêté du 6 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait et doit être écarté.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté du 6 juillet 2022 mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. L'administration n'était pas tenue de mentionner, de manière exhaustive, l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour est notamment fondé sur les dispositions des articles L. 233-1 à L. 235-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Isère aurait entaché son appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant d'une erreur manifeste.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

7. L'éloignement de M. B, ressortissant algérien, séparé de sa compagne ressortissante espagnole depuis 2019 et père d'enfants mineurs, ne pouvait être fondé sur les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux étrangers dont la situation est régie par le livre II du même code relatif aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille au sens de l'article L. 200-4 du code précité.

8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B est fondée sur les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées, dès lors que cette substitution de base légale, demandée par le préfet de l'Isère et à l'égard de laquelle le requérant a pu présenter des observations devant le tribunal, n'a privé l'intéressé d'aucune garantie. Par suite, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de base légale demandée par le préfet.

9. Il n'est pas contesté que M. B s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour par l'arrêté du 6 juillet 2022. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère était fondé à édicter à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

11. Au cas d'espèce, M. B a eu la possibilité de faire valoir, durant la période d'instruction de sa demande de délivrance d'un titre de séjour, les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. Ainsi, en obligeant le requérant à quitter le territoire français sans l'avoir préalablement et expressément invité à formuler de nouvelles observations, le préfet de l'Isère n'a pas privé l'intéressé de son droit d'être entendu.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. B est célibataire. Il est père de deux enfants mineurs nés en 2009 et 2014 dont la mère est ressortissante espagnole, avec laquelle il est séparé depuis 2019 tel que cela a été précédemment énoncé. Cette dernière est elle-même mère d'une enfant mineure née en 2012. Si le requérant prétend qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dont il a sollicité la garde auprès du juge aux affaires familiales, il n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun élément à l'appui de ses allégations. En outre, il n'établit pas que ses enfants de nationalité espagnole et algérienne ont vocation à résider en France. Par ailleurs, la présence de M. B sur le territoire français est récente. S'il se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle en France dans le cadre d'un dispositif d'insertion par l'activité économique, cette circonstance n'est pas suffisante pour lui conférer un droit au séjour sur le territoire français. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où demeurent ses parents ainsi que ses cinq frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. L'intéressé a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 6 juillet 2017 au motif que son ancienne concubine ne remplissait pas les conditions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ni qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de ses enfants alors que le requérant ne démontre pas que ceux-ci auraient vocation à résider sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants doit être écarté.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

16. Compte tenu de ce qui a été précédemment, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère du 6 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

N. BARDAD

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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