vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SAMBA-SAMBELIGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 avec distraction au profit de son conseil.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il peut bénéficier des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il dispose d'une vie privée et familiale en France ;
- les éléments relatifs à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire sont identiques à ceux de son renvoi à destination du pays dont il a la nationalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,
- les observations de Me Samba Sambeligue, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant algérien né le 16 février 1987, est entré en France le 28 août 2017, sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 25 août au 23 novembre 2017. Il a obtenu plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " entre le 24 octobre 2017 et le 8 novembre 2020, puis il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " valable du 9 septembre 2020 au 8 septembre 2021. M. C a sollicité, le 3 septembre 2021, le renouvellement de son certificat de résidence algérien. Par un courrier du 22 février 2022, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour en invoquant le statut de salarié. Par un courrier du 28 avril 2022, il a également précisé que sa demande portait sur la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de l'Isère, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait et doit être écarté.
Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté du 28 juin 2022 mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi , un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; / () / e) Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention "travailleur temporaire", faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité, le 3 septembre 2021, un titre de séjour en qualité de commerçant en mentionnant qu'il exerçait l'activité professionnelle d'" homme de ménage " et en précisant qu'il travaillait dans l'hôtellerie en qualité de saisonnier. Par un courrier du 20 novembre 2021, il a demandé la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans. Par un courrier du 22 février 2022, il a transmis des justificatifs demandés par la préfecture et mentionné le caractère salarié de sa demande de renouvellement de titre de séjour et sa demande de certificat de résidence d'une durée de dix ans. Il a communiqué un contrat de travail et ses trois dernières fiches de paye. Par un courrier du 28 avril 2022, il a indiqué que sa demande portait sur une demande de certificat de résidence de dix ans en visant les articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien. Compte tenu des éléments produits par l'intéressé, qui ne s'est prévalu d'aucune inscription au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, c'est à bon droit que le préfet de l'Isère a examiné la demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des b) et e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et d'autre part, de l'article 7 bis du même accord.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas présenté, à l'appui de sa demande de certificat de résidence portant la mention " salarié ", un contrat de travail visé par les autorités compétentes, condition préalable à la délivrance du certificat de résidence prévu par les stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. En outre, M. C, qui ne justifie pas d'une autorisation de travail, n'entre pas dans les prévisions du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence en qualité d'une part, de salarié et d'autre part, de travailleur temporaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du b) et du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 28 août 2017. Il a résidé sur le territoire français en qualité d'étudiant jusqu'au 8 septembre 2020, puis en qualité de commerçant jusqu'au 8 septembre 2021. La délivrance des titres de séjour correspondants est régie par le titre III du protocole et l'article 5 de l'accord franco-algérien. Le séjour en France du requérant ne relevait donc d'aucune des différentes catégories énumérées par l'article 7 de l'accord franco-algérien. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère aurait entaché son appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant d'une erreur manifeste.
Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points 6 et 9 du présent jugement, M. C était au nombre des étrangers pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. C est célibataire et sans enfant. Sa présence sur le territoire français est récente. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant entre 2017 et 2020, d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " du 9 septembre 2020 au 8 septembre 2021, qu'il a signé un contrat de travail en qualité de veilleur de nuit du 16 décembre 2021 au 7 mars 2022 et qu'il disposait d'une promesse d'embauche pour l'exercice du même métier du 15 décembre 2022 au 30 avril 2023, ces éléments ne suffisent pas à établir l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il a la nationalité, où résident ses parents ainsi que son frère et sa sœur. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ni qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :
13. A supposer que le requérant ait entendu soutenir que l'argumentation présentée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire est identique à celle qu'il entend soulever à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, le moyen tel qu'il est invoqué n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère du 28 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
La rapporteure,
N. BARDAD
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
V. BARNIER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026