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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207528

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207528

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022 M. C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI du 1er octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, et les décisions de retrait de points consécutives aux huit infractions relevées entre le 16 octobre 2019 et le 29 mars 2022.

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- les retraits de points n'ont pas fait l'objet de l'information préalable obligatoire qui lui est due en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions mentionnées n'est pas établie ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non lieu à statuer sur les conclusions contre la décision de retrait de point du 15 août 2021 et du rejet du surplus de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1 . M. C demande au tribunal l'annulation de la décision 48SI du 1er octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux huit infractions relevées entre le 16 octobre 2019 et le 29 mars 2022.

Sur l'étendue du litige

2 . Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 23 décembre 2022 et produit par l'administration que les points retirés suite aux infractions relevées le 16 octobre 2019 et le 15 août 2021 ont été restitués le 13 mai 2020 et le 31 juillet 2022 soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de points :

3 . Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. En conséquence, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des infractions relevées les 20 janvier 2021, 20 juillet 2021, 17 août 2021, 2 octobre 2021, 12 novembre 2021 et 29 mars 2022 :

3 . Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

4 . Le ministre de l'intérieur a versé au dossier le relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire. Eu égard aux mentions de ce document produit à l'instance, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, soit le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires soit des titres exécutoires ont été émis pour les amendes forfaitaires majorées. Il suit de là que la réalité de ces six infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, le requérant n'alléguant pas avoir formé des requêtes en exonération au titre de l'ensemble de ces amendes.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

S'agissant des infractions relevées les 20 juillet 2021, 17 août 2021, 2 octobre 2021 et 12 novembre 2021:

6. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant que M. C a payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions relevées par radar automatique sauf l'infraction du 12 novembre 2021 relevée par procès-verbal électronique. Il découle de cette seule constatation que M. C a nécessairement reçu les avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite de ces infractions l'auraient été au terme de procédures irrégulières.

S'agissant de l'infraction relevée le 20 janvier 2021 :

7. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. En l'espèce l'administration a versé au dossier l'attestation de paiement de l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction et indiquant un encaissement le 23 août 2021.

S'agissant de l'infraction relevée le 29 mars 2022 par procès-verbal électronique :

8 . Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En l'espèce l'administration a versé au dossier le procès-verbal électronique établi le 20 mars 2021 et comportant le texte des informations requises sous lequel l'agent verbalisateur a apposé la mention " refus de signer ".

9. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation des retraits de points correspondant aux infractions commises les 20 janvier 2021, 20 juillet 2021, 17 août 2021, 2 octobre 2021, 12 novembre 2021 et 29 mars 2022 doivent être rejetées. Par suite les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI du 1er octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité du permis de conduire de M. C, pour solde de points nul, ne peuvent être que rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Lu en audience publique le 29 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

D. ALe greffier,

P. Buguellou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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