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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207577

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207577

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDABBAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, Mme D B, représentée par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne, née le 20 juillet 1989, serait entrée irrégulièrement en France le 10 février 2019, selon ses déclarations. Elle a donné naissance à un enfant dénommé Chaina le 14 mars 2020, de nationalité française. Le 29 décembre 2020, elle a sollicité, auprès du préfet de la Haute-Savoie, la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué du 19 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. En particulier, la décision mentionne que le père français de l'enfant de Mme B ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de leur enfant. Ce refus est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne résulte ni de cet arrêté ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Savoie ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de la requérante avant de prendre la décision attaquée.

4. En troisième lieu, pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que la reconnaissance de paternité de l'enfant aurait été obtenue par fraude au motif qu'il ressort de l'application de gestion des dossiers de ressortissants étrangers que le père de l'enfant a reconnu en 2016 un autre enfant d'une autre mère, que peu de justificatifs de participation de M. A à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ont été fournis et qu'aucun jugement aux affaires familiales n'existe ni preuves qu'il participe à l'éducation de Chaina.

5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu importe notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant français résidant à Noisy-le-Grand, a reconnu le 17 mars 2020, l'enfant Chaina A né le 14 mars 2020 à Montfermeil. Pour soutenir que la condition de contribution est remplie à la date de l'arrêté attaqué, la requérante produit des récépissés de la Western Union faisant apparaître des virements effectués par M. A à son profit à hauteur de 60 euros le 27 novembre 2020, 90 euros le 7 décembre 2020, 90 euros le 23 mars 2021, 42 euros le 28 avril 2021, 42 euros le 29 avril 2021, 50 euros le 1er juin 2021, 42 euros le 18 juin 2021, 32 euros le 31 juillet 2021, 90 euros le 30 août 2021 ainsi que quelques tickets de caisse nominatifs, des factures de pharmacie ainsi qu'une facture de crèche du 4 janvier 2022 établie aux deux noms dont le prélèvement automatique est réalisée sur le compte bancaire de Mme B. Ces différents éléments ne permettent pas de corroborer les dires de la requérante selon lesquels le père de l'enfant contribue à l'éducation et à l'entretien de cet enfant. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, le préfet a pu légalement refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B en qualité de mère d'un enfant français au motif que la preuve de la contribution effective du parent français à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'était pas apportée. Ainsi, même si l'intéressée produit des fiches de paie, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées par Me Dabbaoui au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Me Dabbaoui tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Dabbaoui et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Céline Letellier, première conseillère,

- Mme Emilie Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

E. C

Le président,

M. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207577

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