mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Miran, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 229 du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays de destination avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ; subsidiairement de réexaminer sa situation après remise d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, pour avoir été pris sans l'avis médical du collège des médecins de l'OFII ;
- le préfet de l'Isère s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 612-8, L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard notamment du suivi médical dont elle bénéficie.
Par un mémoire enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023:
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Miran, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante congolaise née le 10 mai 1994, déclare être entrée en France le 15 décembre 2019. Après rejet de sa demande d'asile, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 28 février 2022, Mme A a demandé aux services du préfet de la Savoie un titre de séjour pour raison de santé. Dans la présente instance, elle demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir le refus qui lui a été opposé par l'arrêté susvisé du 7 novembre 2022, qui porte également obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, assorti d'une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. En premier lieu d'une part, le préfet de la Savoie produit l'avis du collège des médecins de l'OFII mentionné par les dispositions précitées, daté du 1er octobre 2022, aux termes duquel l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale mais dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de vice de procédure tenant à l'absence de cet avis doit dès lors être écarté.
5. D'autre part, en se bornant à citer les dispositions réglementaires relatives au collège des médecins de l'OFII sans les analyser au regard de l'avis du 1er octobre 2022 cité au point 4, Mme A n'articule aucun moyen de légalité contre l'arrêté attaqué ; de telles affirmations doivent donc être écartées.
6. En deuxième lieu, les dispositions citées au point 3 autorisent le préfet à se fonder sur l'avis du collège des médecins de l'OFII pour refuser à Mme A un titre de séjour. La circonstance que le préfet ait fait usage de cette possibilité ne révèle pas, à elle seule, qu'il se serait cru en situation de compétence liée.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'une gastritis cystica polyposis profunda qui a occasionné la résection d'un gros polype en 2021, ainsi que de troubles anxio-dépressifs. Toutefois, les contrôles endoscopiques dont elle bénéficie et le " traitement " de la dépression dont elle fait état, de manière générale, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII qui a estimé qu'un défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ;
9. Mme A se prévaut de la présence en France d'une grande partie de sa famille. Son père, entré en France en 2009, est désormais titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2031 et à partir de 2016, son épouse, mère de la requérante, et quatre enfants mineurs du couple l'ont rejoint au titre du regroupement familial et résident régulièrement sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de 28 ans, n'a pas vocation à continuer à vivre avec ses parents et sa durée de présence en France n'est que de trois ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
10. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an:
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français ;
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme A présente depuis trois ans sur le territoire français, ne s'est jamais soustraite à une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. En outre, Mme A présente une santé fragile et dispose d'un fort ancrage familial sur le territoire français, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 9. Ainsi, en empêchant à Mme A de rendre visite à sa famille sous couvert d'un visa court séjour, le préfet de la Savoie a, dans les circonstances de l'espèce, entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du 7 novembre 2022 en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte:
14. Eu égard au motif au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante, qui doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me Miran.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n°229 susvisé du 7 novembre 2022 est annulé, en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le rapporteur,
I. B
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2207626
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026