mercredi 29 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207770 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les deux jours de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de fait ;
- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en même temps que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle se fonde sur des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français illégales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience :
- le rapport de M. Ban, premier conseiller,
- les observations de Me Marcel, substituant Me Mathis, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante la République Démocratique du Congo née le 27 juillet 1996, est entrée en France le 16 mai 2016. Par décision du 18 mai 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée le 9 novembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 29 décembre 2017, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le 22 décembre 2021, elle a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 21 juin 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, le refus de titre de séjour du 21 juin 2022 énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il mentionne, contrairement à ce que soutient la requérante, " ses efforts d'intégration et les relations amicales et sociales qu'elle a pu nouer en France ". Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. En vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme B est entrée en France à l'âge de 20 ans et y séjourne depuis 6 ans. Elle a fourni des efforts réels d'intégration qui l'ont conduit à suivre, durant l'année 2017-2018, une formation en informatique et à intégrer le " collège et lycée élitaire pour tous " à Grenoble dans lequel elle est actuellement scolarisée en classe de terminale générale. Onze professeurs attestent précisément de sa progression, de son investissement et du sérieux de son parcours scolaire qui s'inscrit dans son projet professionnel pour devenir aide-soignante. Par ailleurs, elle entretient une relation avec un ressortissant français avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 19 novembre 2019.
8. Toutefois, si les pièces produites au dossier permettent de tenir pour établie la réalité de cette relation, elles ne suffisent pas, compte tenu de leur nombre limité et de leur valeur probante relative en ce qu'elles reprennent les déclarations des intéressés, à démontrer l'ancienneté et l'intensité de la communauté de vie de Mme B avec son compagnon. Par ailleurs, Mme B s'est maintenue sur le territoire français malgré la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 29 décembre 2017 et elle conserve, en outre, de fortes attaches familiales au Congo, où résident son père et ses deux sœurs selon la fiche de renseignement qu'elle a remplie.
9. Dans ces conditions, à la date de l'arrêté attaqué, les liens personnels et familiaux de Mme B en France n'étaient pas tels que le préfet de l'Isère ne pouvait prendre un refus de titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale au regard des motifs de cette décision. Par suite, il n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième et dernier lieu, pour les raisons qui viennent d'être exposées, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte sa décision de refus de titre de séjour sur la situation de Mme B.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Par suite, et dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour est régulièrement motivé comme il a été dit au point 2, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit au titre de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour.
13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 à 10, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation en faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
15. Il résulte de tout ce qui précède Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Ban, premier conseiller.
M. Hamdouch, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.
Le rapporteur,
J-L. Ban
Le président,
V. L'Hôte
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2007770
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026