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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207777

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207777

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantTABOUZI-JANOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 novembre 2022, le 14 décembre 2022, et le 17 janvier 2023, M. A, représenté par Me Combes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel la préfete de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour mention salarié de moins d'un an ;

3°) de suspendre ledit arrêté ou de lui octroyer un délai supplémentaire pour quitter le territoire.

Il soutient qu'il ne pourrait exercer en qualité de façadier travaille en Turquie, où il encourt des risques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Combes pour M. A et de M. A, assisté de Mme B, interprète par téléphone.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turque, né le 1er novembre 1994 déclare être entré sur le territoire français le 9 décembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2021, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 3 novembre 2022. Par un arrêté en date du 10 novembre 2022, la préfète de la Drôme l'a obligé, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si M. A, se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2019, il ne revendique la présence sur le territoire français d'aucune attache personnelle ou familiale. La circonstance qu'il a travaillé en tant qu'ouvrier façadier, et dispose d'une promesse d'embauche ne suffit à établir une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Enfin, il n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux en Turquie. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni que cette mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, eu égard aux circonstances qu'il invoque.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. A fait état de ce qu'il ne pourrait regagner la Turquie en raison des risques qu'il y encourrait et de l'impossibilité d'y exercer sa profession. Toutefois, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis la CNDA le 3 novembre 2022, et il n'apporte pas dans la présente instance d'éléments complémentaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Dès lors que la cour nationale du droit d'asile s'est prononcée sur la demande d'asile du requérant, le requérant ne peut demander une suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, il n'appartient pas à la juridiction administrative de prolonger le délai de 30 jours pour quitter le territoire mentionné dans l'arrêté en litige.

Sur les autres conclusions :

7. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La magistrate désignée,

D. DLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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