lundi 12 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CANS |
Vu la procédure suivante :
E une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, M. C, représenté E Me Cans, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 22 septembre 2022 E laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et a refusé de lui délivrer un récépissé, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros E jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, d'examiner sa demande de titre de séjour dans un délai de quatre mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il ne peut, en l'absence de récépissé, ni s'inscrire à Pôle emploi, ni travailler alors qu'il est en possession d'une promesse d'embauche et que cette situation affecte son état de santé ;
- les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour sont l'incompétence de l'auteur de l'acte et l'erreur de droit dès lors que l'administration était tenue d'instruire sa demande sans que la circonstance qu'il fasse l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français y fasse obstacle ;
- les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant de lui délivrer un récépissé sont l'incompétence de l'auteur de l'acte et l'erreur de droit au regard de l'article R.431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
E un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 novembre 2022 sous le numéro 2207783 E laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Cans, représentant M. C, qui maintient les demandes et moyens développés E écrit et explique au vu des explications et pièces produites E la préfecture que, le 16 décembre 2021, la cour administrative d'appel de Lyon n'a pas rendu un mais deux arrêts concernant son client dont l'un annulait l'obligation de quitter le territoire du 20 juin 2019, tandis que l'autre rejetait les conclusions en annulation contre l'arrêté du 3 septembre 2020 ;
- les observations de Mme A représentant le préfet de l'Isère, qui indique que le mail adressé le 28 septembre 2022 constitue une simple information et non un refus d'enregistrement. Sur question, elle précise qu'il y a bien refus d'enregistrement mais que cette décision n'a pas été prise E l'auteur du mail.
Considérant ce qui suit :
1. Il est constant que les services de la préfecture de l'Isère ont refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour que M. C souhaitait présenter au titre de sa vie privée et familiale ou de l'admission exceptionnelle au séjour et de lui en délivrer récépissé au motif qu'il était sous le coup d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée E un arrêté du 3 septembre 2020. M. C demande la suspension de l'exécution de ces décisions.
Sur la demande d'aide d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit E le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit E la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies E le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. En premier lieu, le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée E M. C a pour effet de le priver de la délivrance d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour pendant toute la durée de l'examen de sa demande de titre de séjour et de remettre définitivement en cause la démarche d'insertion professionnelle de l'intéressé, titulaire d'un CAP " Motocycles " et qui justifie, sans contestation, d'une demande d'autorisation de travail remplie E une entreprise de terrassement pour un contrat à durée indéterminée à temps complet. E suite, l'exécution de la décision litigieuse du préfet de l'Isère doit être regardée comme portant à la situation de M. C une atteinte suffisamment grave et immédiate pour que la condition d'urgence prévue E l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".
8. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé correspondant que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
9. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et de lui délivrer un récépissé, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé faisait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français en date du 3 septembre 2020. Or, aucune disposition législative ou réglementaire ne subordonne l'enregistrement d'une demande de titre de séjour déposée E un étranger à l'abrogation préalable de l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à son encontre.
10. E ailleurs, il n'est pas soutenu que le dossier du requérant était incomplet. Depuis l'édiction de l'arrêté du 3 septembre 2020 emportant éloignement et interdiction de retour, M. C fait valoir des éléments nouveaux dès lors que, d'une part, le premier arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire a été annulé, ce qui influe sur l'appréciation ensuite portée s'agissant de l'interdiction de retour en litige et que, d'autre part, il justifie de perspectives professionnelles ainsi qu'il a été dit. Au demeurant, le préfet de l'Isère ne qualifie pas la nouvelle demande d'abusive ou dilatoire. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que les deux conditions prévues E l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution des décisions du 22 septembre 2022 E lesquelles le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et de lui en délivrer un récépissé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
12. La suspension de l'exécution des décisions contestées implique nécessairement que le préfet de l'Isère enregistre la demande de titre de séjour de M. C et lui en délivre un récépissé l'autorisant à travailler, s'agissant d'une première demande de titre et E application des dispositions du 3° de l'article R. 431-14 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.
13. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'examiner la demande de titre de séjour de M. C dans un délai de quatre mois ne peuvent qu'être rejetées comme ne résultant pas de la suspension ordonnée et faisant, au demeurant, l'objet de dispositions règlementaires dans le code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cans, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cans de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution des décisions du 22 septembre 2022 E lesquelles le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et de lui délivrer un récépissé de cette demande, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et de lui en délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me Cans la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. C est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Me Cans et au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 12 décembre 2022.
La juge des référés,La greffière,
A. BJ. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026