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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207802

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207802

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 novembre 2022, 15 février 2023 et le 22 février 2023, Mme F épouse G, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100,00 € par jour de retard après la notification du jugement à intervenir, et à défaut sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- La compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision refusant un titre et portant obligation de quitter le territoire :

- Les dispositions des articles R 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées ;

- Le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation ;

- Les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- Les stipulations de l'article 3 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme F épouse G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F épouse G, de nationalité macédonienne est entrée en France le 17 mai 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par décision du 29 décembre 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 26 juillet 2021. Elle a sollicité le 2 mai 2022 un titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, chef du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision refusant un titre et portant obligation de quitter le territoire :

3. Si la requérante soutient que les dispositions des articles R 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées, le moyen n'est assortit d'aucune précision permettant d'en apprécier la portée.

4. Il ne résulte pas des termes mêmes de l'arrêté que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen individualisé de sa situation.

5. Si Mme G soutient être présente en France depuis 2016, avec son conjoint et leur enfant dont les demandes de titres de séjour sont en cours d'examen, ces seuls éléments ne sont pas de nature à fixer le centre de ses intérêts en France et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé l'empêcherait de voyager vers son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas porté d'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

7. Si la requérante se prévaut de son état de santé, elle ne produit pas de certificat médical indiquant des risques en cas de retour dans son pays d'origine, et ne peut donc établir que son état de santé nécessite au jour de la décision attaquée une prise en charge médicale, ni le cas échéant, que le défaut de cette prise en charge pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté

8. Par ailleurs, Mme G ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

Sur le surplus des conclusions :

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

D. D

L'assesseure,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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