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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207827

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207827

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL PAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 novembre 2022 et 13 décembre 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le maire de la commune de Cordon a fait opposition à sa déclaration préalable déposée le 4 juillet 2022 en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée A n°3401, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, enjoindre au maire de délivrer une décision de non opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, si une telle demande ne devait pas être satisfaite, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de déclaration préalable dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cordon une somme de 5000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- à la date de la décision contestée, elle était titulaire d'une décision tacite de non opposition de sorte que la décision de retrait est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- les dispositions des articles 11.3, A 2.6 du règlement et R. 111-27 du code de l'urbanisme font l'objet d'une appréciation erronée ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et de droit au regard des dispositions R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 9 et 12 décembre 2022, la commune de Cordon, représentée par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que les conclusions sont irrecevables en ce que l'acte attaqué revêtirait le caractère d'une décision confirmative ;

- à titre subsidiaire, que la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- à titre infiniment subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;

- une substitution de motif doit, au besoin, être effectuée dès lors que la décision d'opposition contestée est en tout état de cause légale et parfaitement justifiée au regard des dispositions de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 octobre 2022 sous le numéro 2206836 par laquelle société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- Me Mirabel, représentant la société Free Mobile ;

- Me Nectoux, représentant la commune de Cordon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé un dossier de déclaration préalable le 24 février 2022, complété le 25 mars 2022 en vue de l'installation d'une station de radiotéléphonie mobile sur la parcelle n°3401, au lieu-dit " Les Molliards ", le long du chemin des Mouilles. Le maire s'est opposé à ce projet par un arrêté du 20 avril 2022 en retenant notamment qu'un risque d'atteinte à la sécurité publique existait au regard du défaut de production d'une étude géotechnique du sol. La société Free Mobile a alors déposé un nouveau dossier de déclaration préalable de travaux le 4 juillet 2022 en ajoutant au dossier originel une étude géotechnique et en prévoyant la construction d'un puit perdu d'environ 3 m² pour la récupération des eaux de pluie et de ruissellement. Par une décision du 1er août 2022, notifiée au pétitionnaire seulement le 5 août 2022, le maire s'est opposé à cette déclaration de travaux. La société Free Mobile demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision ainsi que celle de la décision implicite de rejet, née du silence gardé par cette autorité sur son recours gracieux notifié le 16 août suivant.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Cordon :

2. La commune de Cordon soutient que la requête est irrecevable au motif que la décision attaquée est confirmative d'un premier refus lui ayant été opposé le 20 avril 2022. Il est en effet constant que la société Free Mobile a déposé un dossier de déclaration préalable le 24 février 2022, complété le 25 mars 2022. Le maire s'est opposé à ce projet par un arrêté du 20 avril 2022 en retenant notamment qu'un risque d'atteinte à la sécurité publique existait au regard du défaut de production d'une étude géotechnique du sol. La commune fait valoir que cette décision est devenue définitive de sorte que, au regard de l'identité du projet, le présent recours serait irrecevable. Toutefois, et alors même que les caractéristiques générales de cette antenne, son implantation sur la parcelle litigieuse, ainsi que son aspect visuel sont identiques dans les deux projets, ceux-ci diffèrent s'agissant de la production de l'étude géotechnique manquante dans la première demande, étude au vu de laquelle le pétitionnaire a modifié son projet en prévoyant la construction d'un puit perdu d'environ 3 m² pour la récupération des eaux de pluie et de ruissellement. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut être qu'écartée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction et particulièrement des cartes de couverture réseau produites par la société requérante, dont la sincérité ne peut être utilement contestée du seul fait des contradictions relevées avec les cartes de couverture réseau mise en ligne sur le site internet de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), qui n'ont pas la même précision ni la même portée, que la société Free Mobile ne dispose pas en propre de couvertures des réseaux téléphoniques sur la totalité du territoire proche de la station relais en litige. Aussi, et eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à cette couverture du territoire par les réseaux 4G et THD, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, et ce alors même que la société Free n'a saisi le juge des référés que près de quatre mois après l'intervention de la décision attaquée.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

6. La société Free Mobile soutient que la décision attaquée doit être regardée, compte tenu du délai d'instruction de sa déclaration préalable, comme une décision de retrait d'une décision tacite d'acceptation méconnaissant l'article 222 de la loi 2018-1021 du 23 novembre 2018. En l'état de l'instruction, ce moyen paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la validité des motifs d'une décision de non-opposition à travaux. Il en va de même s'agissant de la demande de substitution de motifs proposée par la commune.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er août 2022.

9. Par suite, il est enjoint au maire de délivrer, à titre provisoire, à la société Free Mobile un certificat constatant l'existence d'une décision de non-opposition à travaux sur la base de la déclaration préalable déposée le 4 juillet 2022 en vue de l'installation d'un relais de radiotéléphonie. Un délai d'un mois lui est imparti pour ce faire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions des parties, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er août 2022 par laquelle le maire de Cordon s'est opposé à la déclaration préalable de la société Free Mobile est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cordon de délivrer provisoirement l'attestation de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Cordon.

Fait à Grenoble, le 16 décembre 2022.

Le juge des référés La greffière

E. A C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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