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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207876

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207876

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, Mme A D, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen effectif de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette mesure est injustifiée dans son principe et sa durée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Marcel, substituant Me Mathis, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence à statuer sur le requête, il y a lieu d'admettre Mme D à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

2. Mme D, ressortissante congolaise née en 1979, soutient être entrée en France le 3 mars 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 septembre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 mars 2022. Le 19 mai 2022, elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 18 juillet 2022. Le 22 juin 2022, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile et son recours a été déclaré irrecevable par l'OFPRA en date du 30 juin 2022. Le 4 octobre 2022, elle a présenté un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2022, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation faite à Mme D de quitter le territoire français. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Savoie a procédé à un examen effectif de la situation personnelle de la requérante. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'examen manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme D soutient qu'elle ne pourrait mener une vie privée et familiale normale au Congo où elle risque de subir de mauvais traitements et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 12 septembre 2019, confirmée par une décision de la CNDA du 3 mars 2022 et que sa demande de réexamen a été déclaré irrecevable par l'OFPRA le 30 juin 2022, les pièces produites par la requérante, en particulier le mandat de comparution de son beau-frère, ne suffisent pas à justifier qu'elle encourrait des risques personnels, actuels et réels de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, Mme D ne justifie pas avoir noué des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre enfants. Dans ces conditions eu égard à la durée de séjour de la requérante sur le territoire français, le préfet de la Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

8. Mme D n'ayant pas déféré à la précédente mesure d'éloignement du 19 mai 2022, le préfet de la Savoie pouvait en se fondant sur ce seul motif prendre la décision attaquée. Par suite, Mme D, qui ne conteste pas utilement ce motif, n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. L'arrêté du 29 novembre 2022 vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que la requérante est de nationalité congolaise. Il relève que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.

10. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination dont elle fait l'objet.

11. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. La requérante n'établit par aucune pièce probante la réalité et l'actualité des risques qu'elle dit encourir en cas de retour au Congo, alors que, par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour :

13. Pour prononcer une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet de la Savoie a visé les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a relevé que, Mme C est entrée en France le 3 mars 2019, qu'elle est dépourvue de toute attache familiale sur le territoire français et ne justifie pas en être dépourvue dans son pays d'origine où réside sa famille et notamment ses enfants ainsi que ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans, qu'elle se maintient sciemment en situation irrégulière malgré le rejet de sa demande d'asile et qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement confirmée par jugement du tribunal administratif de Grenoble du 18 juillet 2022. Dès lors, le préfet de la Savoie a suffisamment motivé sa décision.

14. Il résulte de ce qui précède que, Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour.

15. Le préfet de la Savoie a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, estimer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans pouvait s'appliquer à Mme C eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment. Par suite, le moyen tiré de l'absence de nécessité de cette mesure doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées, de même que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

T. B La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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