mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GAILLARD OSTER ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Turin du cabinet Legis'alp, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a prononcé le retrait de son agrément en qualité d'assistante maternelle, ensemble la décision implicite née le 17 octobre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge du département de la Haute-Savoie une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas pu accéder à l'intégralité de son dossier avant l'intervention de la décision attaquée, s'agissant notamment des faits qui lui étaient reprochés ;
- le retrait de son agrément ne pouvait être prononcé postérieurement à l'expiration du délai de quatre mois durant lequel elle a été suspendue sans que ne soit à nouveau saisie la commission administrative paritaire départementale ;
- le retrait de son agrément est entaché d'une erreur de droit dans l'appréciation de la procédure, aucune investigation approfondie n'ayant été réalisée ;
-les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 décembre 2023 et 17 mai 2024, le président du département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villard,
- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure public,
- et les observations de Me Gaillard, représentant le président du conseil départemental de la Haute-Savoie.
Considérant ce qui suit :
1.Mme A C a été agréée en qualité d'assistante maternelle à compter du 1er juillet 2003. Cet agrément a été renouvelé en dernier lieu sur la période du 1er juillet 2018 au 30 juin 2023 pour l'accueil en journée de quatre mineurs. A la suite d'un signalement effectué par la mère d'une enfant dont elle avait la garde et de l'ouverture d'une enquête pénale, le président du conseil départemental de la Haute Savoie a suspendu l'agrément de Mme C pour une durée de quatre mois à compter du 2 mars 2022. Par la décision attaquée du 4 juillet 2022, et au vu de l'avis émis en ce sens par la commission consultative paritaire départementale le 17 juin 2022, la même autorité a retiré l'agrément de l'intéressée, au motif que la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants qui lui étaient confiés n'étaient plus garantis à son domicile.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2.Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. () ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne ".
3.Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.
4.En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de retrait d'agrément en litige est surtout fondée sur le fait qu'une enquête pénale avait été ouverte à l'encontre de Mme C, à la suite d'une plainte déposée par la mère d'une enfant accueillie, qui avait rapporté aux services de la PMI le 21 février 2022 avoir été victime d'un viol digital. Il ressort cependant de la note d'incident du 28 février 2022 versée au dossier qu'à l'automne 2021, cette enfant avait déjà accusé des mêmes faits un parent d'élève qui les aurait commis lors d'une séance de gymnastique, dans un cadre scolaire, accusation qui apparaît dépourvue de toute crédibilité. De plus, le 22 février, cette enfant est revenue à deux reprises sur ses accusations à l'encontre de Mme C, en indiquant même qu'il s'agissait d'une " blague ", avant certes de les réitérer le jour même, puis à nouveau le 25 février, à l'issue d'une séance de jeu avec des poupées en présence d'une psychologue. Dans ces conditions, et alors que l'enquête pénale a, au demeurant, été classée sans suite, la matérialité de ces faits de viol digital ne peut être tenue pour établie avec suffisamment de certitude.
5.En deuxième lieu, le département se prévaut également des déclarations tenues par une autre parent d'une enfant accueillie chez Mme C, indiquant qu'à compter des mois d'octobre/novembre 2021, elle a noté un changement de comportement chez son enfant, qui criait et se débattait lors de la toilette des parties génitales, en cherchant à les protéger. Cependant, si cette enfant a été placée chez une autre assistante maternelle à la suite de la suspension de l'agrément de la requérante, et que ce comportement a fini par cesser à une date non précisée, aucun élément versé au dossier ne permet de tenir pour établi que ces changements de comportement seraient imputables à des agissements commis par Mme C, ce qui n'est au demeurant pas même allégué par le département.
6.En troisième lieu, si un incident au cours duquel Mme C a eu un comportement inadapté avec un enfant accueilli lors d'une sortie dans un parc avait été signalé à la mairie de Salange en 2011, cet évènement, qui remonte à plus de dix ans à la date de la décision de retrait en litige, ne saurait être retenu pour la justifier.
7.Enfin, le département fait valoir qu'à la suite de la suspension de son agrément, plusieurs parents d'enfants accueillis lui auraient signalé la mise en œuvre par Mme C de pratiques éducatives inadaptées, tels que des cris, des fessées, et des mises à l'isolement dans la salle de bain. Ces parents lui reprochent également une attitude trop autoritaire et directive, ainsi que de manquer de tendresse envers les enfants.
8.En ce qui concerne les fessées, si Mme C nie recourir à cette pratique, un parent a signalé qu'après avoir récupéré son enfant en pleurs, elle avait spontanément reconnu qu'elle venait juste de lui en infliger une. D'autre part, au cours de son entretien du 13 juin 2022 avec les services de la PMI, l'intéressée a également reconnu crier de manière occasionnelle sur les enfants accueillis, ainsi que de les mettre à l'isolement dans la salle de bain lorsque nécessaire, le temps qu'ils se calment, tout en gardant la porte ouverte pour pouvoir continuer à les surveiller. Dans ces conditions, la matérialité de ces faits peut être tenue pour établie.
9.Cependant, s'il ressort certes des pièces du dossier que Mme C impose un cadre strict aux enfants qui lui sont confiés, elle produit de nombreuses attestations émanant d'autre parents qui lui manifestent leur confiance et indiquent que leurs enfants éprouvaient une sincère affection envers elle. De plus, Mme C, qui exerce depuis 2003, fait valoir sans être contestée qu'aucun parent n'avait mis fin de manière anticipée à son contrat avec elle avant que des accusations de nature pénale ne soient portées à son encontre, et que son agrément ne soit suspendu. Elle n'avait, par ailleurs, fait l'objet d'aucun signalement depuis l'incident de 2011.
10.Au vu de l'ensemble de ces éléments, les faits mentionnés au point 8, aussi regrettables soient-ils, et même pris ensemble, ne sont pas d'une gravité suffisante pour pouvoir raisonnablement estimer que le comportement de Mme C serait de nature à compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement des enfants qui lui sont confiés.
11.Il résulte de ce qui précède qu'aucun des griefs dont se prévaut le président du département de la Haute-Savoie n'est de nature à justifier que l'agrément dont bénéficiait Mme B lui soit retiré. Cette dernière est donc fondée à soutenir que la décision du 4 juillet en litige, ainsi que celle implicite portant rejet de son recours gracieux, sont entachées d'erreur de fait et d'appréciation. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, il y a lieu d'en prononcer l'annulation.
Sur les frais liés au litige :
12.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département de la Haute-la Haute-Savoie demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de ce département une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président du département de la Haute-Savoie du 4 juillet 2022 retirant l'agrément en qualité d'assistante maternelle de Mme C est annulée, ensemble celle implicite rejetant le recours gracieux formé à son encontre.
Article 2 : Le département de la Haute-Savoie versera à Mme C une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au président du département de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. Villard, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
N. VILLARD
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026