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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207895

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207895

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2022 et le 13 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de protection contre l'éloignement et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire méconnaissent les dispositions de l'article L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- ils méconnaissent le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- ils méconnaissent l'article L. 425-9 du même code ;

- ils méconnaissent l'article L. 432-13 du même code ;

- ils méconnaissent l'article L.423-23 du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée par rapport aux critères énoncés à l'article L. 612-10 du même code et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pfauwadel, président, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1996, soutient être entré en France le 8 août 2018. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 avril 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 novembre 2020. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement par un arrêté du préfet de la Haute-Savoie en date du 17 novembre 2020. Le 14 décembre 2020, il a déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis le 5 janvier 2021 un avis selon lequel l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un courrier du 1er décembre 2021, le préfet de la Haute-Savoie a confirmé le caractère exécutoire de l'arrêté du 17 novembre 2020. Le 8 septembre 2022, M. A a de nouveau déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de protection contre l'éloignement, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ".

3. A la date de la décision attaquée, aucune demande d'asile n'était enregistrée au nom de l'enfant de M. A. Par suite, le requérant qui s'est vu rejeté sa demande d'asile définitivement par la CNDA le 4 novembre 2020 ne peut soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () "

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, le préfet de la Haute-Savoie a pris en compte l'avis du collège de médecins de l'OFII du 26 septembre 2022 selon lequel son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une hépatite B et de troubles oculaires et qu'il bénéficie d'un suivi médical et d'un traitement antiviral au long cours par Ténofovir. Il produit deux certificats de deux médecins du centre hospitalier et universitaire de Conakry en Guinée en date du 19 mars 2021 et du 20 novembre 2022, indiquant que la prise en charge des patients atteints d'hépatite B n'est pas subventionnée par l'état guinéen et que par conséquent le traitement serait à la charge du patient. Toutefois, ces documents ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII et ne sont pas suffisants pour corroborer les allégations de M. A selon lesquelles il ne pourrait bénéficier effectivement d'un suivi et d'un traitement appropriés à sa pathologie ni disposer des ressources financières pour y accéder. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées auraient été méconnues.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

7. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant en l'absence de demande de titre de séjour présentée par l'intéressé sur ce fondement.

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : /1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'admission au séjour ou de renouvellement de titre, ou lorsqu'elle envisage de le retirer. M. A qui n'est détenteur d'aucun titre et n'a pas sollicité son admission au séjour ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour doit dès lors être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. M. A résidait depuis août 2018 en France, soit depuis environ quatre ans à la date de la décision attaquée. Il n'établit pas l'existence de liens personnels intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa propre cellule familiale, alors qu'il ne justifie pas être dépourvu de famille en Guinée où il a vécu l'essentiel de sa vie. S'il se prévaut de la demande d'asile de sa compagne, il ressort de la fiche Telemofpra de cette dernière, produite par le préfet en défense, qu'elle a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 novembre 2022. La circonstance qu'une demande d'asile qualifiée par l'OFPRA de réexamen et placée en procédure accélérée a été enregistrée au nom de sa fille mineure le 21 décembre 2022, postérieurement à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de cette dernière. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont dès lors pas été méconnues.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. L'arrêté attaqué vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que même si la présence de l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 17 novembre 2020 à laquelle il s'est soustrait, il ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France où il ne réside que depuis quatre ans, et il n'établit pas être démuni de lien familial dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. La décision portant interdiction de retour est, en conséquence, suffisamment motivée.

13. Compte tenu des éléments rappelés aux points 5 et 10, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a pu édicter à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute Savoie.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. BailleulLa greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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