vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2207912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2022, M. C, représenté par Me Huard demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît le droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;
- méconnaît le droit à un procès équitable ;
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant l'absence de délai de départ volontaire :
- est disproportionnée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant l'absence de délai de départ volontaire ;
- méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est insuffisamment motivée ;
- est disproportionnée ;
- est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne du 7 décembre 2000 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique Mme B a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant M. C qui soulève deux nouveaux moyens. D'une part, il se prévaut à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. D'autre part, il se prévaut à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne pourrait assister à son procès devant le juge pénal.
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. M. C, ressortissant algérien, né en 1985, est arrivé en Espagne le 27 novembre 2018 muni d'un visa de court séjour. Il soutient être entré en France le 27 décembre 2018. Le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire par un arrêté du 11 mars 2019. Le 27 novembre 2022, il a été interpellé pour des faits de recel de vol. Par l'arrêté attaqué du 28 novembre 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à l'intéressé de le contester utilement. Il est par suite suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'audition produit par le préfet, qu'il a bien été entendu par les services de police le 27 novembre 2022, avant que ne soit édictée la décision en litige. Dans ce cadre, il a été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français. Il a ainsi pu présenter toute observation utile tant sur sa situation que sur l'éventualité de se voir notifier une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que, par principe, les décisions de justice sont rendues de manière contradictoire, c'est-à-dire en présence des parties ou des personnes habilitées à les représenter. Ainsi toute personne ayant un intérêt à se défendre doit pouvoir être présente ou valablement représentée lors du procès.
6. M. C est convoqué devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 23 novembre 2023 pour des faits de recel de vélos. L'obligation de quitter le territoire, à supposer qu'elle soit exécutée volontairement ou mise à exécution par l'administration, n'a pas pour effet de priver l'intéressé de la possibilité de se faire représenter mais également de revenir en France pour l'audience, sous couvert d'un visa, s'il entend se présenter personnellement. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable tel que consacré par les dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. C soutient être présent en France depuis le 27 décembre 2018 soit depuis environ quatre ans à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir qu'il vit en France avec son épouse et son enfant mineur, il ne fournit aucune précision et ne produit pas de pièce en dehors d'un justificatif de prise en charge psychologique de l'enfant alors qu'il a répondu lors de son audition " mon ex-femme et mon enfant sont à Paris ". Il ne justifie pas entretenir un lien avec son enfant. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte qui serait disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi, étant rappelé que l'intéressé a été interpellé pour des faits de recel de vol. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Les pièces produites à l'instance ne suffisent pas à démontrer que M. C contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ni qu'il a noué avec lui une relation affective. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de l'Isère a estimé qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué et du procès-verbal, qu'il s'est maintenu sur le territoire national au-delà de la durée de validité de son visa sans solliciter de titre de séjour, qu'il a déjà fait l'objet le 11 mars 2019 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et qu'il est démuni de tout document transfrontière. Par conséquent, il ne démontre pas que le préfet de l'Isère a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire serait disproportionnée ou entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Au contraire de l'obligation de quitter le territoire, l'interdiction de retour d'un an est susceptible d'empêcher M. C de comparaître personnellement le 23 novembre 2023 devant le tribunal correctionnel de Grenoble. S'il peut se faire représenter par un avocat, ce droit constitue une simple faculté. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire national, incompatible avec les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, doit être annulée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour pendant un an sur le territoire national.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Compte tenu de l'annulation ainsi prononcée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'effacer le signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2: La décision d'interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an à l'encontre de M. C est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère d'effacer le signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
La magistrate désignée,
A. BLa greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026