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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207927

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207927

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 30 novembre et le 22 décembre 2022, Mme D B veuve A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée en cas d'exécution forcée ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois et à défaut de réexaminer sa situation, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est insuffisant motivé ;

- est entaché d'une irrégularité de procédure en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

La décision de refus de titre de séjour :

- est irrégulière du fait que l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) ne respecte pas toutes les conditions et ne contient pas toutes les mentions requises ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru, à tort, lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Huard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne née le 24 décembre 1963 est entrée en France le 29 janvier 2020 sous couvert d'un visa court-séjour. Elle a sollicité, le 19 juin 2020, la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 313-11 7°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 423-23 du même code. Par l'arrêté attaqué du 6 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la décision d'éloignement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, l'arrêté énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé. Si la requérante soutient que l'arrêté attaqué ne mentionne pas l'insertion dont elle a fait preuve, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Dès lors, l'arrêté attaqué satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII sur l'état de santé de Mme A en date du 12 mars 2021 est produit en défense. Par suite le moyen tiré de l'absence d'avis de l'OFII manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, le préfet a produit l'avis du collège de médecins de l'OFII selon lequel Mme A peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. La requérante, qui ne réplique pas après production de cet avis, n'en remet pas sérieusement en cause la régularité en se bornant à rappeler les garanties devant entourer son édiction. Elle n'établit pas plus une quelconque évolution de son état de santé qui aurait justifié une nouvelle saisine de ce collège de médecins. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis régulier doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

8. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Pour contester l'appréciation portée par le préfet au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, Mme A fait valoir qu'elle ne pourrait bénéficier des soins essentiels à son état de santé de manière adéquate dans son pays d'origine mais se borne à produire un certificat médical de son médecin généraliste, postérieur à la décision attaquée qui mentionne les différentes pathologies dont elle souffre. Ainsi, par les pièces produites, Mme A ne remet pas utilement en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur l'existence d'un traitement approprié en Tunisie et sur sa capacité à y accéder effectivement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième lieu, Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis trois ans et vit entourée de ses trois enfants et de ses petits-enfants, que ses quatre frères sont sur le territoire et qu'elle noué des liens forts sur le territoire. Toutefois, sa durée de présence en France demeure récente alors qu'elle a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 56 ans, pays dans lequel elle a nécessairement conservé des attaches. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et en dépit des attestations produites, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de sa demande d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux point 9 et 10, les moyens tirés de la violation par la mesure d'éloignement des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B veuve A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M.Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

F. C

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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