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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207929

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207929

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Aboudahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour salarié dans un délai de 15 jours et à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai de 15 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit du fait qu'elle se fonde sur l'avis de la DIRECCTE du 14 janvier 2021 ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'autorisation de travail opposé par la plateforme du ministère de l'intérieur.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces qui ont été enregistrées le 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Aboudahab, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1964, est entré en France le 20 août 2020 sous couvert d'un permis de résidence longue durée délivré par les autorités espagnoles. Il a sollicité, le 5 octobre 2020, la délivrance d'un titre de séjour salarié. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la décision d'éloignement.

2. Aux termes des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / () ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.

3. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative.

4. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de cet accord est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue aux articles L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2 du code du travail, tenant à la production par ce dernier d'un visa de long séjour.

5. Aux termes de l'article L. 313-4-1 du code précité : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. ". Ainsi un ressortissant de pays tiers résidant de longue durée dans un Etat membre de l'Union Européenne désireux d'exercer une activité professionnelle en France doit, au préalable, obtenir l'autorisation prévue par les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En l'espèce, pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité de salarié de M. B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le fait que l'intéressé n'a pas produit de contrat de travail visé par les autorités compétentes, que la DIRECCTE devenue la DREETS a rejeté le 14 janvier 2021 sa demande d'autorisation de travail et que la plateforme de main d'œuvre étrangère a, le 7 juillet 2022, clôturé la demande d'autorisation de travail en raison de la présentation par l'intéressé d'un récépissé de première demande de titre de séjour.

7. D'une part, si le préfet de l'Isère vise la décision du directeur de l'unité territoriale de l'Isère de la DIRECCTE du 14 janvier 2021 cette décision a été prise sur le fondement des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail en vigueur jusqu'au 30 avril 2021. Le préfet ayant statué sur la demande de M. B le 20 octobre 2022, soit plus de deux années après la demande de l'intéressé et un an et 9 mois après la décision de la DIRECCTE, les nouvelles dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail étaient entrées en vigueur depuis le 1er mai 2021. Par suite le préfet ne pouvait se fonder sur un avis rendu de la DIRECCTE faisant application de dispositions qui n'étaient plus en vigueur au jour de la décision attaquée.

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 5221-17 du code du travail : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. () ". Or, par courriel généré automatiquement par la plateforme du 7 juillet 2022 il a été indiqué au requérant que sa demande d'autorisation de travail avait été clôturée au motif que la demande était sans objet du fait que le récépissé de première demande de titre de séjour présenté à l'appui de la demande ne répondait pas aux exigences de l'article R. 5221-14 du code du travail. La dématérialisation des procédures de demande d'autorisation de travail ne modifie pas la portée juridique des décisions prises par le ministère de l'intérieur et communiquées par l'intermédiaire de cette plateforme. Ainsi, les courriels générés automatiquement constituent des décisions faisant grief, dont l'auteur doit pouvoir être identifié, afin notamment de s'assurer de la compétence de ce dernier. En l'espèce, le courriel du 7 juillet 2023 prononce une clôture de l'instruction de la demande d'autorisation de travail ce qui a pour effet de refuser l'autorisation de travail au bénéfice de M. B. En se bornant à préciser au titre de la signature " Le service d'instruction Ministère de l'intérieur " cette décision doit être regardée comme ne comportant pas le nom de son auteur. Dès lors, en l'absence de mention de l'auteur de cette décision, cette dernière est entachée d'incompétence.

9. Par suite se fondant sur l'absence d'autorisation de travail de M. B et de contrat visé par les autorités compétentes pour en conclure que l'intéressé ne pouvait prétendre à un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet a commis une erreur de droit.

10. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, implique seulement que le préfet de l'Isère procède au réexamen de la situation du requérant. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 20 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Aboudahab et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M.Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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