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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2207976

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2207976

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2207976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans ou temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé assorti d'une autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement de l'article L. 611-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas statué sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour ; cette décision aurait dû être précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour et méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- le signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- il habite chez sa mère et le risque qu'il se soustrait à l'exécution de la mesure n'est pas caractérisé ;

- les circonstance qu'il ne dispose pas de documents transfrontaliers et qu'une demande de reconnaissance auprès des autorités consulaires du pays dont il a la nationalité ait été effectuée ne sont pas de nature à justifier l'assignation à résidence.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1990 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et à l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 décembre 2022 à 11 heures :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 10 mai 1994, est un ressortissant algérien. Il est entré en France le 11 novembre 2014 et a bénéficié de titres de séjour jusqu'au 21 septembre 2019 en qualité de parent d'enfant français. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 8 mars 2020. Par arrêté du 5 décembre 2022, la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé sa destination d'éloignement et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions en annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait en France depuis huit ans à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il est le père d'une enfant française, née le 31 août 2014, sur laquelle il est constant qu'il dispose de l'autorité parentale. Par ailleurs, il établit que ses parents ainsi que ses frères et sœurs résident en France soit sous couvert d'un titre de séjour soit en disposant de la nationalité française. Dans ces conditions, les faits qui lui sont reprochés des 8 mars 2020, 27 avril 2021 et 5 décembre 2022, bien que graves pour certains, ne suffisent pas à retirer à l'arrêté du 5 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le caractère d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 5 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, et par application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation prononcée implique nécessairement que la préfète de la Drôme réexamine la situation de M. B et le munisse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans des délais respectifs de trois mois et huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Borges de Deus Correia de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er :M. B et admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Les arrêtés du 5 décembre 2022 sont annulés.

Article 3 :L'Etat versera à Me Borges de Deus Correia, une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son client soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Borges de Deus Correia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 :Il est enjoint à la préfète de la Drôme de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans des délais respectifs de trois mois et huit jour à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Borges de Deus Correia et au préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

La magistrate désignée,

V. A

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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