Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208053
jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :
1°) d'annuler la décision du préfet de l'Isère portant refus de renouvellement de carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident sous 30 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il n'est en possession que d'un récépissé de demande d'un premier titre de séjour qui ne lui permet pas de régulariser des démarches administratives, comme ouvrir un compte bancaire ou passer son permis de conduire,
- les articles L. 424-1, L. 424-5 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus,
- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation
Par un mémoire enregistré le 16 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2208052 ;
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 janvier 2023 à 10 heures au cours de laquelle ont été entendus Me Coutaz et M. B.
Me Coutaz a rectifié ses conclusions en précisant qu'il demandait la suspension de l'exécution de la décision attaquée et qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de résident.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il bénéficiait du statut de réfugié, M. B a demandé à la préfecture du Rhône le renouvellement de sa carte de résident. Des récépissés de cette demande lui ont été remis, le dernier expirant le 22 mai 2022. Il a été incarcéré du 30 juin 2020 au 1er juillet 2022. L'OFPRA a décidé le 4 mai 2022 de lui retirer le statut de réfugié, décision actuellement en appel devant la CNDA. A sa sortie de prison, le 1er juillet 2022, il a signalé son changement d'adresse dans le département de l'Isère. Après un refus initial de délivrance de récépissé, la préfecture de ce département l'a mis en possession le 24 octobre 2022 d'un " récépissé de demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention salarié " l'autorisant à travailler.
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. M. B se trouve actuellement en situation régulière sur le territoire national et est autorisé à travailler. Dans ces circonstances particulières, et en admettant même qu'il ne soit pas en mesure d'ouvrir un compte bancaire ou de s'inscrire aux épreuves du permis de conduire, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie, quand bien même le récépissé délivré le 24 octobre 2022 manifeste l'existence d'un refus de renouvellement de carte de résident. Dès lors, la requête doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
O R D O N N E
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 5 janvier 2023.
Le juge des référés,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208053