jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ROUVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2022 et le 16 décembre 2022, M. E A, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les deux jours de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît les articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne le pays de renvoi :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de l'Isère a produit des pièces enregistrées le 7 mars 2023.
M. A été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Rouvier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité tunisienne né le 21 avril 1979, a déclaré être entré en France en 2011. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire par arrêté du 22 novembre 2012, qu'il n'a pas exécuté. Le 26 avril 2016, à la suite de son mariage avec une ressortissante roumaine, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne, qui lui a été refusé par un arrêté du 26 octobre 2018 lui faisant également obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 14 février 2019, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Par un arrêté du 20 mai 2019, le préfet de l'Isère a refusé à nouveau de lui accorder le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Par un jugement du 31 août 2020, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté son recours contre cet arrêté. Le 12 avril 2022, M. A a déposé une demande de titre de séjour faisant valoir sa présence sur le territoire depuis plus de dix ans, titre qui lui a été refusé par l'arrêté contesté du 14 novembre 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment les article 3, 7 ter et 10 de l'accord franco-tunisien et est dépourvu de caractère stéréotypé. Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, si M. A soutient que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il ait formé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces articles est inopérant et doit être écarté. En tout état de cause, si M. A est conjoint d'une ressortissante roumaine, qui était inscrite au registre des commerces et sociétés en qualité d'autoentrepreneur commerçante sur les marchés, son activité a été radiée le 11 janvier 2022 pour insuffisance d'actifs. En outre, il ne justifie pas de l'exercice d'activités professionnelles réelles et effectives par son épouse autres que marginales et accessoires par le versement d'une seule fiche de paie pour le mois de mai 2022. Enfin, le contrat de travail de son épouse avec la société Hubliss du 24 novembre 2022 est postérieur à la décision contestée.
5. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis plus de dix ans, qu'il est marié à une ressortissante européenne et a eu un enfant qui est scolarisé et que son frère est titulaire d'une carte de résidant. Toutefois, M. A, qui se prévaut d'une entrée en France en 2011 et d'une résidence ininterrompue en France depuis cette date, ne justifie pas, par les nombreux documents produits, qui ne sont pas probants pour certains d'eux tels que les quittances de loyer manuscrites, d'une résidence continue en France depuis plus de dix ans à la date d'édiction de la décision en litige. Il est entré irrégulièrement sur le territoire et a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français. Il s'est donc maintenu sur le territoire au mépris de ces décisions administratives et en situation irrégulière. Il ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française et a vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine. Il ne justifie pas que son frère résiderait régulièrement en France. Son épouse n'exerce pas d'activités professionnelles en France autre que marginales à la date de la décision contestée, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle disposerait de ressources suffisantes pour entretenir sa famille sans être à la charge du système social. Il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine de l'un ou l'autre des époux, où vivent notamment les parents et la sœur de M. A, ni que leur enfant mineur né en 2017, ne pourrait y être scolarisé. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et nonobstant la promesse d'embauche de la société Alpha, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, ni d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne créent d'obligations qu'entre les Etats sans ouvrir de droits aux intéressés.
7. En quatrième et dernier lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour. M. A n'établissant pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour sur le fondement de cet article. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de l'Isère est entachée d'un vice de procédure, à défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. M. A n'ayant pas démontré, ainsi qu'il vient d'être dit, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, il n'est pas fondé à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
9. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus précédemment.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
10. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux évoqués précédemment.
11. Le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour d'un an.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Si M. A réside en France avec son épouse et son enfant scolarisé, il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et entre ainsi dans le cas prévu au premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. S'il fait valoir sa durée de séjour en France, il a fait l'objet, de deux précédentes mesures d'éloignement en date des 22 novembre 2012 et 20 mai 2019, décisions qu'il n'a pas exécutées. La naissance en France et la scolarisation de sa fille en petite section de maternelle ne saurait être qualifiées de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, et alors même que le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision n'apparaît pas disproportionnée et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Rouvier.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
E. D
La présidente,
D. JOURDAN La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026