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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208060

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208060

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 décembre 2022, le 7 mars 2023 et le 22 mars 2023, M. A C, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-LS 163 du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France depuis 2010, a été méconnu ;

- le préfet de l'Isère ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration du dernier titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 8 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 avril 2023, Mme E a lu son rapport. Me Schürmann a présenté des observations pour M. C. Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant angolais, âgé de 29 ans. Il déclare être entré en France le 10 décembre 2010, alors qu'il était mineur. Il a séjourné de manière régulière entre le 25 août 2015 et le 12 décembre 2020. En juillet 2020, il a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en qualité de salarié. Par l'arrêté du 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation.

2. En raison de l'urgence à statuer sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. C soutient que le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, et ainsi que l'oppose le préfet, M. C n'a pas présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour et le préfet n'a pas instruit la demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () Par dérogation au présent article, la carte de séjour temporaire " salarié " prévue à l'article L. 421-1 () sont renouvelées dans les conditions prévues à ces mêmes articles ".

6. M. C justifie avoir présenté une demande de titre de séjour avant l'expiration de son dernier titre de séjour en cours de validité, ainsi que cela ressort d'ailleurs des termes mêmes de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, M. C a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour, comme il le soutient, et le préfet de l'Isère ne pouvait lui opposer la circonstance qu'il ne détenait pas un visa de long séjour, en application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lui refuser le titre de séjour.

7. Toutefois, si M. C se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, conclu le 15 octobre 2018 avec la société Teixeira Deneiva pour occuper un emploi de maçon, il n'établit pas détenir une autorisation de travail, ainsi que l'exigent pourtant les dispositions combinées précitées, y compris en cas de renouvellement d'un titre de séjour " salarié ". Dans ces conditions, le préfet de l'Isère ne s'est pas mépris en mentionnant que le requérant n'était pas en mesure de présenter un contrat de travail visé par l'autorité administrative. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur de droit.

8. En troisième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes, d'autre part, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de la présence de son enfant née le 20 mars 2021 de sa relation avec Mme B, une ressortissante portugaise. Toutefois, il est séparé de Mme B, et, en dehors d'un courriel adressé par la représentante de la mère de l'enfant qui est postérieur à la décision attaquée, il ne fait pas état de relation particulièrement intense avec sa fille D. En outre, les missions d'intérim qu'il exerce depuis le mois de juillet 2021 ne constitue pas une insertion suffisante. Dans ces conditions, et en dépit de la durée de séjour sur le territoire français, la décision du préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".

11. M. C, devenu majeur le 6 décembre 2011, a résidé régulièrement en France du 25 août 2015 au 12 décembre 2020, sous couvert de cartes de séjour temporaire. Sur cette période, et contrairement à ce qui est allégué en défense, la condamnation pénale à 3 mois d'emprisonnement avec sursis dont l'intéressé a été l'objet le 27 juin 2019 pour des faits d'obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité n'est pas suffisante, à elle seule, pour considérer que les titres de séjour qui ont été accordés à l'intéressé ont été retirés. En outre, M. C justifie de récépissés de demande de titre de séjour valables du 1er juillet 2021 au 31 décembre 2021, du 12 avril 2022 au 11 juillet 2022, du 12 août 2022 au 11 novembre 2022 et 2 décembre 2022 au 7 décembre 2022, date à laquelle l'arrêté attaqué lui a été notifié. Il suit de là que la période pendant laquelle l'intéressé a bénéficié de titres de séjour et de récépissés de demandes de titre de séjour n'est pas suffisante pour établir qu'il a résidé régulièrement en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, M. C ne peut pas invoquer les dispositions précitées pour faire obstacle à son éloignement.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les conclusions présentées par M. C, partie perdante, sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 mai 2023.

La rapporteure,

C. E

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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