Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208115
mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GHANASSIA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Ghanassia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
-le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation, d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de motivation et de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Ghanassia pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, est entré en France le 25 juillet 2019, à l'âge de 17 ans, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 10 mars 2022, il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui a été refusé par l'arrêté attaqué du 18 juillet 2022.
2. L'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation du requérant et énonce les considérations de droit sur lesquelles se fonde le préfet pour refuser le titre de séjour sollicité par M. C et autoriser son éloignement forcé vers son pays d'origine est suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en vertu du L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique lorsque, comme en l'espèce, elle est l'accessoire d'un refus de titre de séjour et ne déroge pas au délai de départ volontaire de droit commun de trente jours. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, cette motivation atteste que le préfet de l'Isère a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.
3. M. C avait une ancienneté de présence en France de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est célibataire, sans enfants, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc où résident ses parents et ses deux frères. Quant à l'ancienneté et l'intensité de sa relation avec une ressortissante française, elle n'est pas démontrée. Dans ces conditions, même si sa grand-mère est présente en France et s'il a démontré une volonté d'insertion par le travail, le préfet de l'Isère a pu prendre l'arrêté en litige sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commettre une erreur manifeste d'appréciation.
4. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'appelle d'autre réponse que ce qui a déjà été dit. En tout état de cause, l'invocation de ce moyen est sans utilité aucune dès lors que même dans le silence du requérant, le tribunal serait amené à annuler les décisions subséquentes d'une obligation de quitter le territoire français si celle-ci s'avérait illégale.
5. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. C est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Ghanassia et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
Le président, rapporteur,
C. A
La première assesseure,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.