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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208189

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208189

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 décembre 2022, 24 janvier 2023, 21 et 22 février 2023, M. C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté son recours hiérarchique du 19 septembre 2022 demandant l'annulation de la décision référencée 48SI du 2 août 2022 et l'annulation de cette décision ;

2°) d'annuler les décisions de retraits de points affectés à son permis de conduire pour les infractions des 22 mai 2021, 8 juin 2021 et 12 octobre 2021;

3°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer son permis de conduire avec un capital de points ;

4°) dans ses dernières écritures, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- les décisions de retraits de points pour les infractions des 22 mai 2021, 8 juin 2021 et 12 octobre 2021 portées sur le relevé d'information intégral le concernant méconnaissent l'obligation d'information préalable obligatoire en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; les procès-verbaux électroniques produits par la défense ne comportent pas la signature du contrevenant ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie puisqu'il n'a pas payé les amendes correspondantes ni reçu les titres exécutoires et il établit avoir déposé des réclamations contentieuses pour trois de ces infractions par son avocat ;

- en réplique, le ministre n'établit pas que les amendes ont été payées et le seul recouvrement intervenu l'a été par la voie de l'exécution forcée comme l'atteste notamment l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 1er septembre 2022 ; le véhicule impliqué dans les trois infractions en cause, a été cédé le 20 novembre 2019 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 11 septembre 1955, a bénéficié le 17 décembre 2021 d'une reconstitution totale de 12 points sur son permis de conduire. Il conteste les retraits de points affectant son permis de conduire pour les infractions commises les 22 mai 2021, 8 juin 2021 et 12 octobre 2021 et la décision 48 SI du 2 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur constate la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :

2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Ainsi, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

3. Selon l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue.() Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

4. Cependant il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. C, daté du 10 janvier 2023, produit par le ministère de l'intérieur, que les trois infractions ayant donné lieu aux retraits de points contestés, sont affectées de la mention AM signifiant qu'elles ont fait l'objet de trois amendes forfaitaires majorées et en conséquence, de trois émissions de titres exécutoires. En application de l'article 530 du code de procédure pénale M. C disposait de trente jours pour former auprès du ministère public une réclamation motivée qui pourrait avoir pour effet d'annuler le titre exécutoire. Toutefois si le requérant produit trois réclamations toutes datées du 19 septembre 2022, celles-ci n'établissent pas l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions ayant donné lieu aux retraits de points contestés. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

6 . Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7 . En l'espèce comme il a été dit au point 5, la réalité des trois infractions ayant entrainé les retraits de points contestés, est tenue pour établie en l'absence de preuves d'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions. Dans ces conditions, comme le mentionne le relevé d'information intégral du 10 janvier 2023, les trois infractions ont donné lieu à des condamnations prononcées par le juge pénal de Thonon Les Bains, qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur des infractions a ainsi pu les contester, sont devenues définitives. Par suite l'omission de la formalité d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, est sans influence sur la régularité des retraits de points résultant de ces condamnations.

En ce qui concerne les autres moyens :

8 . D'une part si le requérant produit un certificat de cession de véhicule d'occasion daté du 20 novembre 2019, il lui était loisible de faire valoir cette circonstance devant le juge pénal pour les trois infractions en cause commises en 2021. D'autre part, si M. C fait valoir que le seul recouvrement invoqué par l'administration est un recouvrement forcé pour l'infraction du 22 mai 2021, cette circonstance est sans influence sur la légalité du retrait de point dès lors que la réalité de l'infraction a été établie en l'absence d'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondante.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique de M. C daté du 19 septembre 2022 demandant l'annulation de la décision référencée 48SI du 2 août 2022, de cette décision et des décisions de retraits de points affectés à son permis de conduire pour les infractions des 22 mai 2021, 8 juin 2021 et 12 octobre 2021, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige .

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre de l'Intérieur.

Lu en audience publique le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

D. ALe greffier,

P. Buguellou

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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