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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208193

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208193

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 décembre 2022 et le 20 mars 2023, M. C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique daté du 7 septembre 2022 demandant l'annulation de la décision référencée 48SI du 22 août 2022 et l'annulation de cette décision ;

2°) d'annulerles décisions de retraits de points affectés à son permis de conduire pour les infractions des 8 octobre 2021 à Trappes, 21 novembre 2021 à Balines, 11 novembre 2021 à Balines, 20 septembre 2021 à Paris 20e et 14 août 2021 à Le Pecq ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer son permis de conduire avec un capital de points reconstitué ;

4°) dans ses dernières écritures, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- les décisions de retraits de points pour les infractions des 8 octobre 2021, 21 novembre 2021, 11 novembre 2021, 20 septembre 2021 et 14 août 2021 portées sur le relevé d'information intégral le concernant méconnaissent l'obligation d'information préalable obligatoire en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie puisqu'il n'a pas payé les amendes correspondantes ni reçu les titres exécutoires et il établit avoir déposé des réclamations contentieuses pour trois de ces infractions par son avocat ;

- en réplique, le ministère de l'intérieur ne produit pas le procès-verbal électronique établi pour l'infraction commise le 4 mai 2017 à Thonon les bains;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 10 mai 1996, a obtenu son permis de conduire le 18 décembre 2015, date de début de la période probatoire qui s'est terminée le 18 décembre 2018. Il conteste les retraits de points affectant son permis de conduire pour les infractions commises les 4 mai 2017 (- 4 points), 14 août 2021 (- 2 points), 20 septembre 2021 (- 3 points), 11 novembre 2021 (- 1 point), 21 novembre 2021 (-1 point), 8 octobre 2021 (- 1 point) et la décision 48 SI du 22 août 2022 par laquelle le ministre de l'Intérieur constate la perte de validité de son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige

2. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 17 janvier 2023 et produite par le ministre de l'intérieur, que la décision de retrait de trois points prise à la suite de l'infraction du 20 septembre 2021 à Paris 20e a été retirée postérieurement à l'introduction de la requête de M. C. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de cette décision.

3. Il ressort en outre du relevé d'information intégral du requérant, que le point retiré suite à l'infraction commise le 21 novembre 2021 a été restitué au requérant le 4 octobre 2022, soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Ainsi, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

5. Selon l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue.() Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

6. Cependant il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. C, daté du 17 janvier 2023, produit à l'instance, que les infractions du 14 août 2021, du 8 octobre 2021 et du 11 novembre 2021 ayant donné lieu aux retraits de points contestés, sont affectées de la mention AM signifiant qu'elles ont fait l'objet de trois amendes forfaitaires majorées et en conséquence, de trois émissions de titres exécutoires. En application de l'article 530 du code de procédure pénale M. C disposait de trente jours pour former auprès du ministère public des réclamations motivées qui pourraient avoir pour effet d'annuler ces titres exécutoires. Toutefois si le requérant produit trois réclamations toutes datées du 5 juillet 2022, celles-ci n'établissent pas l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions ayant donné lieu aux retraits de points contestés. Au surplus l'état des " amendes et condamnations pécuniaires " daté du 30 juin 20

22, produit par le requérant, n'indique aucune annulation de titres exécutoires. Il suit de là que la réalité de ces trois infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route.

8. En outre, il ressort du relevé d'information intégral de M. C, daté du 17 janvier 2023 que l'infraction commise le 4 mai 2017 à Thonon Les Bains a donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire correspondante. En application des dispositions précitées de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité de cette infraction est établie.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

9 . Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

10. En l'espèce comme il a été dit aux points 7 et 8, la réalité des quatre infractions ayant entrainé les retraits de points contestés, est tenue pour établie en l'absence d'une part de preuves d'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant à trois de ces infractions et au paiement de l'amende forfaitaire correspondant à la quatrième infraction en cause. Dans ces conditions, comme le mentionne le relevé d'information intégral précité, les quatre infractions ont donné lieu à des condamnations prononcées par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur des infractions a ainsi pu les contester, sont devenues définitives. Par suite l'omission de la formalité d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, est sans influence sur la régularité des retraits de points résultant de ces condamnations.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté le recours hiérarchique de M.C daté du 7 septembre 2022 demandant l'annulation de la décision référencée 48SI du 22 août 2022, de cette décision et des décisions de retraits de points affectés à son permis de conduire pour les infractions des 4 mai 2017, 14 août 2021, 11 novembre 2021 et 8 octobre 2021, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

12. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points suite à l'infraction du 20 septembre 2021 à Paris 20e.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points suite à l'infraction du 21 novembre 2021 sont irrecevables.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'Intérieur.

Lu en audience publique le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

D. ALe greffier,

P. Buguellou

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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