mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DELAVAY |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête n° 2208262 et des mémoires enregistrés le 17 décembre 2022, 31 janvier 2023, le 3 mars 2023 et le 28 avril 2023, M. C G, représenté par Me Delavay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. G un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours à compte du jugement à intervenir, ou, à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. G soutient que l'arrêté :
- est insuffisamment motivé ;
- est irrégulier dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer son auteur, sa qualité et partant sa compétence ;
- est entaché d'une erreur de droit et de fait en refusant de lui renouveler son titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 janvier 2023.
II.- Par une requête n° 2301330 enregistrée le 3 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Delavay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compte du jugement à intervenir, ou, à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'incompétence ; la signature apposée et attribuée à Mme E est la même que celle apposée sur la décision notifiée à son épouse Mme B alors que cette signature - pour l'arrêté notifié à sa femme - est attribuée au préfet de l'Isère lui-même et non à Mme E ;
- le préfet a commis une erreur de fait et de droit en estimant qu'elle n'avait pas produit d'autorisation de travail ;
- l'annulation de la décision prise à l'encontre de son époux malade dans l'instance n° 2208262 devra conduire à l'annulation de l'arrêté contesté.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 26 janvier 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol,
- et les observations de Me Delavay, représentant les requérants et de M. D, représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant arménien né en 1982, a déclaré être entré en France le 27 mars 2014. Mme B, ressortissante russe née le 13 juin 1983, est entrée quant à elle sur le territoire français le 9 janvier 2015 selon ses déclarations. La demande d'asile de M. G et de Mme B a été rejetée respectivement en dernier lieu le 4 mai 2015 et le 27 octobre 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. Les deux époux ont respectivement fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 décembre 2014 pour M. G et le 27 juillet 2017 pour Mme B. M. G a toutefois bénéficié postérieurement d'un récépissé au regard de son état de santé. M. G a ensuite fait une nouvelle demande de titre de séjour le 28 mai 2015 en tant qu'étranger malade. Par un arrêté du 9 janvier 2017, le préfet de l'Isère a refusé le titre de séjour sollicité dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 15 juin 2017 au motif qu'un traitement approprié était disponible en Arménie et par une décision de la cour administrative de Lyon du 29 janvier 2018. Le 5 août 2019, il a sollicité un titre de séjour au regard de son état de santé. Il a alors obtenu plusieurs titres de séjour entre le 9 avril 2020 et le 11 avril 2022. Mme B, a sollicité également son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, se prévalant de l'état de santé de son époux et a obtenu plusieurs titres de séjour sur la même période. Le 21 mars 2022, ils ont sollicité le renouvellement de leur titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 8 septembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé les titres de séjour sollicités et a pris à leur encontre une obligation de quitter le territoire français. M. G et Mme B demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2208262 et 2301330 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les arrêtés ont été signés par Mme F E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Si les requérants font valoir que la signature de l'arrêté de Mme B est attribuée au préfet lui-même et non à Mme E, il ressort de leurs écritures qu'ils ont pu constater eux-mêmes que cette signature était similaire à celle apposée sur la décision notifiée simultanément à M. G, qui comportait le nom et prénom et la qualité de Mme E. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes en cause doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les arrêtés énoncent, avec une précision suffisante et dépourvues de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé, alors qu'il n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation des requérants et notamment pas les pathologies dont souffrent M. G. La circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Dès lors, les arrêtés attaqués satisfont à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État (). Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.
7. En l'espèce, M. G a été traité pour un cancer testiculaire en 2016 et souffre de tachycardie chronique, d'une dépendance aux antalgiques développée au cours de son traitement contre le cancer, d'apnée du sommeil, d'hypogonadisme et d'un nodule thyroïdien. L'avis du collège de l'OFII du 25 juillet 2022 ne remet pas en cause la gravité de l'état de santé de l'intéressé, qui selon cet avis, nécessite une prise en charge médicale et dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. A l'inverse selon l'avis du collège de l'OFII l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester la disponibilité de son traitement en Arménie, le requérant produit plusieurs certificats médicaux qui n'évoquent pas la disponibilité des soins en Arménie. Seuls deux documents évoquent ce point : le certificat médical d'un médecin addictologue du 19 septembre 2022, au demeurant postérieur à la décision contestée, indiquant qu'il est suivi de façon pluridisciplinaire et qu'il bénéficie d'une prise en charge et d'un traitement pour une maladie chronique auxquels il n'aura plus accès en cas de retour dans son pays d'origine ainsi qu'un courrier non daté du centre national de traitement des dépendances du ministère de la santé en Arménie faisant part de difficultés d'accès à la méthadone et de l'existence parfois de pannes d'approvisionnement rendant difficile, voire impossible le traitement des patients. Il se prévaut également en dernier lieu de la fiche MEDCOI transmise en défense par le préfet indiquant que la Méthadone n'est pas disponible en pharmacie mais uniquement dans le cadre d'un programme spécial auprès d'une clinique narcologique après acceptation dans le programme et que le Ramipril n'est disponible que dans une pharmacie à Erevan et n'est pas inclus dans le programme de soins gratuits. Toutefois, ces éléments, n'établissent pas l'impossibilité d'une prise en charge adaptée à la pathologie de M. G sur le territoire arménien étant précisé qu'un traitement approprié n'est pas nécessairement un traitement identique à celui dont il bénéficie en France et ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII. De même, le certificat médical du 16 mars 2020 indiquant qu'il souffre d'un nodule " suspect de carcinome " et qu'une intervention chirurgicale est nécessaire ne permet pas davantage de remettre en cause les termes de cet avis dès lors qu'aucune pièce du dossier n'établit que cette opération ne pourrait avoir lieu en Arménie. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, et dès lors que l'arrêté pris à l'encontre de son époux n'est pas annulé, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté pris à son encontre par voie de conséquence.
9. En cinquième et dernier lieu, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au regard de l'état de santé de son époux et n'a pas demandé un titre salarié. Si le préfet a indiqué qu'elle n'a fourni aucune autorisation de travail pour être embauchée en contrat à durée déterminée au sein de la société Photoweb jusqu'au 29 janvier 2023 alors que l'article R. 5221-2 du code du travail pose une dérogation au principe de la détention préalable d'une autorisation de travail par l'étranger souhaitant exerçant une activité salariée au titulaire de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale", le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur sa situation familiale et notamment la circonstance que son mari fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'une précédente obligation de quitter le territoire lui a été opposée, qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour le temps des soins prodigués à son mari et qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans dans son pays d'origine où vit sa fille. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation, présentées par M. G et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2208262 et n° 2301330 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à Mme A B, à Me Delavay et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
E. BARRIOL
La présidente,
D. JOURDAN La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2301330
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026