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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208276

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208276

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2022, M. B C, représenté par Me De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", et, à défaut, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail et de lui notifier une nouvelle décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le préfet de l'Isère a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation en s'estimant en situation de compétence liée pour rejeter sa demande de titre de séjour de salarié pour absence de contrat de travail visé par l'autorité administrative ou d'autorisation de travail valable et défaut de visa de long séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individualisé et complet de sa situation en s'abstenant d'examiner sa situation au regard des dispositions de l'article 6 de la décision du 19 septembre 1980 du Conseil d'association institué par l'accord d'association conclu le 12 septembre 1963 entre la Communauté Economique Européenne et la République de Turquie ;

- le préfet de l'Isère a commis une erreur de fait en retenant qu'il ne disposait pasd'une autorisation de travail valable ;

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée pour assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire et a méconnu la directive retour ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision n° 1/80 du 19 septembre 1980 du conseil d'association entre la Communauté économique européenne et la Turquie ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me De Deus Correia représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né en 1985, déclare être entré en France le 23 mars 2018. Le 18 novembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 26 février 2020, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Le 2 juin 2020, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le 20 juillet 2022, il a demandé un titre de séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, chef du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (). Aux termes des dispositions de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Le préfet de l'Isère a refusé la délivrance à M. C d'un titre de séjour portant la mention " salarié " aux motifs, d'une part, qu'il n'est pas en mesure de présenter un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail valable dès lors que celle obtenue le 6 octobre 2021 se fonde sur les déclarations erronées de l'intéressé selon lesquelles il serait résidant hors de France et, d'autre part, qu'il ne dispose pas d'un visa long séjour.

5. Pour refuser d'accorder à M. C un titre de séjour mention salarié, le préfet de l'Isère ne s'est pas borné à constater qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour mais, en outre, il a examiné l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale au regard notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser le titre de séjour demandé après avoir relevé qu'il ne satisfaisait pas aux conditions posées par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour et a ainsi renoncé à l'exercice de son pouvoir de régularisation.

6. Par ailleurs, un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'une autorisation de travail a été délivrée à M. C pour travailler en qualité de chef de chantier au sein de l'entreprise Iso-Bâtiment-Ravalement avec un contrat à durée indéterminée à compter du 15 octobre 2021 pour un salaire brut de 2 200 euros. Si M. C séjournait en France lorsque son employeur a demandé et obtenu en ligne l'autorisation de travail du 6 octobre 2021 en déclarant à tort que l'intéressé résidait hors de France, le préfet de l'Isère ne fonde pas explicitement son refus de titre de séjour sur la circonstance que cette autorisation avait été obtenue de manière frauduleuse et il n'a pas, en tout état de cause, procéder au retrait ou à l'abrogation, après avoir respecté une procédure contradictoire, de cet acte créateur de droit au profit de M. C. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, cette autorisation continuait à produire des effets. Dès lors, le préfet de l'Isère ne pouvait légalement lui opposer l'absence de contrat de travail visé par l'administration ou l'irrégularité de cette autorisation de travail pour lui refuser un titre de séjour portant la mention salariée.

8. Il est toutefois constant que M. C n'était pas titulaire d'un visa de long séjour lors de son entrée sur le territoire français et qu'il n'a jamais bénéficié, depuis cette entrée, d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle. Dès lors, le préfet de l'Isère a pu légalement, pour ce motif, refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il demandait sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que l'intéressé était titulaire d'un contrat à durée indéterminée et d'une autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur. Par suite, le préfet de l'Isère n'a commis ni erreur de fait ni erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1. Il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

9. En troisième lieu, M. C n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 6 de la décision du 19 septembre 1980 du Conseil d'association entre la Communauté économique européenne et la Turquie. Le préfet n'était pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé pouvait obtenir un titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait dû examiner sa demande au regard de ces dispositions.

10. En quatrième lieu, M. C dispose d'attaches familiales fortes dans son pays d'origine où résident son épouse, ses deux enfants âgés de 7 et 4 ans, sa mère et trois de ses sœurs. Dans ces conditions, la seule circonstance qu'il exerce une activité professionnelle en France depuis le mois d'octobre 2021 ne suffit pas à considérer que le centre de sa vie privée et familiale se trouve désormais en France. Par ailleurs, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 2 juin 2020 qu'il n'a pas exécutée. Dès lors, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

11. En cinquième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère se soit cru en situation de compétence liée par le refus de titre de séjour pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français.

12. En sixième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit notamment aux points 8 et 10, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que ces décisions comportent sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Me De Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

J-L. A

La présidente,

D. Jourdan

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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