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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208277

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208277

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Ghanassia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour européen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 233-1, R. 233-1, R. 233-3 et R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet de l'Isère n'a pas pris en considération sa qualité de travailleur handicapé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- Elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet de l'Isère n'a pas pris en considération sa qualité de travailleur handicapé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les observations de Me Ghanassia, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante roumaine née le 15 juin 1984, qui déclare être entrée sur le territoire français le 28 janvier 2015, a sollicité le 19 mai 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 août 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article R. 234-4 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 qui cessent leur activité professionnelle sur le territoire français acquièrent un droit au séjour permanent avant l'écoulement de la période ininterrompue de cinq ans de séjour prévue à l'article L. 234-1 dans les cas suivants : () 3° A la suite d'une incapacité permanente de travail et à condition d'y avoir séjourné régulièrement d'une façon continue depuis plus de deux ans () ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance qu'elle ne remplissait aucune des conditions fixées aux articles L. 233-1 à L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, Mme A avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant que ressortissante de l'Union européenne y ayant exercé une activité professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été employée du 15 septembre 2016 au 19 septembre 2019 sous contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité de femme de chambre, puis qu'elle a été employée dans un service de restauration rapide d'avril à juin 2022. En outre, Mme A, qui était en France depuis plus de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, avait cessé en 2019 son activité professionnelle sur le territoire en raison d'une incapacité permanente de travail, suivie de la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé par une décision du 7 août 2019 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH). En s'abstenant de prendre en considération la situation de handicap de l'intéressée pour se prononcer sur son droit au séjour au regard des dispositions de l'article R. 234-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Isère a entaché l'arrêté contesté d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme A.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, n'implique pas nécessairement que le préfet de l'Isère délivre un titre de séjour à Mme A mais seulement qu'il réexamine sa situation. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les huit jours de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ghanassia, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à l'instance, le versement à cette avocate de la somme de 1000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de Mme A, en se prononçant de nouveau sur son droit à la délivrance d'un titre de séjour, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette notification.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1000 euros à Me Ghanassia, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Ghanassia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Ban, premier conseiller,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

S. Hamdouch

Le président,

J.-P. WyssLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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