mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BORGES DE DEUS CORREIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 décembre 2022 et 30 janvier 2023, M. E B, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, le préfet de l'Isère étant tenu en vertu des dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- le préfet de l'Isère a commis une erreur de droit en lui refusant un titre de séjour salarié au motif de l'absence de contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi dès lors qu'il pouvait produire à l'appui de sa demande de titre de séjour une demande d'autorisation de travail et que les services du ministre chargé de l'emploi n'avaient plus compétence en la matière ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'un détournement de procédure et de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 9 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Borges de Deus Correia pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1987, entré en France en juin 2016, a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français de juin 2018 à juin 2019 puis un certificat de résidence algérien portant la mention de commerçant valable du 12 juin 2020 au 11 juin 2021. Le 1er décembre 2020, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien en qualité de commerçant et la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6 5° de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à ses demandes et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, cheffe du bureau asile contentieux éloignement, qui disposait d'une délégation consentie par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien, il n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour sur ce fondement.
5. En troisième lieu, M. B, qui ne produit aucune pièce démontrant qu'il résidait en France entre octobre 2013 et octobre 2014, ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Ainsi, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ".
7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, la circonstance que le préfet a délivré au requérant pendant plusieurs mois des récépissés de demande de titre de séjour avant de lui délivrer des titres de séjour du 16 juin 2018 au 15 juin 2019 et du 12 juin 2020 au 11 juin 2021 ne caractérise pas, à elle seule, l'existence du détournement de pouvoir et de procédure invoqué.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi , un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
10. Si le requérant a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié en se prévalant d'une promesse d'embauche portant sur un contrat à durée déterminée, il a indiqué, par courrier du 8 mars 2021, au préfet de l'Isère que cette promesse d'embauche n'était plus d'actualité mais qu'une autre entreprise était prête à le recruter en contrat à durée indéterminée et a produit le 8 mars 2021 une autorisation de travail en date du 3 mars 2021 signée par l'entreprise Gokgul. Cependant, ni cette entreprise ni le requérant n'ont donné suite aux courriers du préfet de l'Isère en date du 9 juin 2021 demandant de déposer la demande d'autorisation de travail sur le site internet de la plateforme de la main d'œuvre étrangère à la suite de la modification de la procédure d'autorisation de travail. Dès lors que le préfet de l'Isère n'était pas saisi, à la date de l'arrêté attaqué, d'une demande d'autorisation de travail, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a commis une erreur de droit en rejetant sa demande de titre de séjour au seul motif qu'il n'était pas en mesure de présenter un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi. L'emploi par l'arrêté attaqué des termes " services du ministre chargé de l'emploi " qui ne font que reprendre ceux de l'accord franco-algérien n'est également pas constitutive d'une erreur de droit.
11. En dernier lieu, M. B est célibataire sans enfant. Comme il a été dit au point 5, il ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire français depuis son entrée en France en juin 2016. S'il a bénéficié à compter d'août 2016 de récépissés de demande de titre de séjour, d'un titre de séjour du 16 juin 2018 au 15 juin 2019 et du 12 juin 2020 au 11 juin 2021 et si un de ses frères vit en France, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, ses deux sœurs et un frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Enfin, il n'établit pas avoir des perspectives d'emploi comme il l'allègue. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :La requête de M. B est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La rapporteure,
A. C
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026