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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208350

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208350

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDESERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de M. C, M. I et la SCP notariale, demandant l’annulation de la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le garde des sceaux a refusé le retrait de M. F, associé notaire. Les requérants contestaient notamment la compétence de l’auteur de l’acte, son insuffisante motivation, et la méconnaissance des articles 29 du décret du 2 octobre 1967 et L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration. Le tribunal a rejeté l’ensemble de leurs moyens, considérant que la décision était suffisamment motivée et prise par une autorité compétente, et qu’elle ne méconnaissait pas les textes applicables, notamment la loi du 29 novembre 1966 et le décret du 2 octobre 1967. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête, y compris les conclusions à fin d’injonction et celles fondées sur l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 3 juin 2024, M. E C, M. A I et la SCP A I, H F et E C, notaires associés, représentés par Me Désert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice, en tant qu'elle s'est opposée au retrait de M. H F G A I, H F et E C, notaires associés ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'autoriser le retrait de M. F ou à défaut, de réexaminer leur demande, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 29 du décret du 2 octobre 1967 et l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 3 du décret du 5 juillet 1973 ;

- elle méconnaît l'article 21 de la loi du 29 novembre 1966 et les articles 27 à 29 et 31 du décret du 2 octobre 1967.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 avril et le 11 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. H F, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966 ;

- le décret n° 67-868 du 2 octobre 1967 ;

- le décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 ;

- le décret n° 2014-1277 du 23 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. H F, notaire résidant à Grenoble et associé G A I, H F et E C, a sollicité le 31 mars 2021 son retrait de cette société civile, sans qu'un successeur soit désigné et sans conditionner sa demande à sa nomination en qualité d'associé d'un autre office. Par ailleurs, par une demande déposée le 30 avril 2021, M. D B a déposé une demande de nomination en qualité d'associé de la SARL " notaires conseils des écrins ", dont M. F est le second associé. Ultérieurement, par une demande déposée le 11 septembre 2021, la SCP A I, H F et E C a sollicité, en l'absence d'acceptation de sa proposition d'acquisition des parts sociales détenues par M. F, le retrait de ce dernier. Par la décision attaquée, en date du 4 juillet 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté ces trois demandes, décision confirmée par le rejet implicite du recours gracieux présenté par la SCP A I, H F et E C le 31 août 2022. Cette société ainsi que M. I et M. C demandent d'annuler la décision du 4 juillet 2022, en tant seulement qu'elle refuse le retrait de M. F G.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 29 novembre 1966, alors en vigueur : " Un associé peut se retirer de la société, soit qu'il cède ses parts sociales, soit que la société lui rembourse la valeur de ses parts. / () / En ce qui concerne les offices publics et ministériels, le décret particulier à chaque profession détermine les conditions dans lesquelles devra être agréé par l'autorité de nomination le cessionnaire des parts sociales et approuvé le retrait de l'associé auquel est remboursée la valeur de ses parts. ". Aux termes de l'article 19 de ladite loi : " Les parts sociales peuvent être transmises ou cédées à des tiers avec le consentement des associés () / Si la société a refusé de donner son consentement, les associés sont tenus, dans le délai de six mois à compter de ce refus, d'acquérir ou de faire acquérir les parts sociales () ". Aux termes de l'article 21 de cette loi : " Lorsqu'un associé le demande, la société est tenue, soit de faire acquérir ses parts par d'autres associés ou des tiers, soit de les acquérir elle-même, dans les conditions déterminées par le décret particulier à chaque profession. Dans le second cas, la société est tenue de réduire son capital du montant de la valeur nominale de ces parts. ".

3. Aux termes de l'article 8 du décret du 2 octobre 1967 pris pour l'application de cette loi à la profession de notaire, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le bureau du Conseil supérieur du notariat communique au garde des sceaux, ministre de la justice, dans les vingt jours suivant sa demande, toute information dont il dispose permettant à celui-ci d'apprécier les capacités professionnelles et l'honorabilité de chacun des associés. ". Aux termes de l'article 27 de ce décret : " Toute convention par laquelle l'un des associés cède la totalité ou une fraction de ses parts sociales à un tiers est passée sous la condition suspensive de l'agrément du cessionnaire par les autres associés et, s'il y a lieu, de l'approbation du retrait du cédant, prononcée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. / Le projet de cession de parts sociales est notifié à la société et à chacun des associés par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Si la société a, dans la même forme, notifié son consentement exprès à la cession, ou si elle n'a pas fait connaître sa décision dans le délai de deux mois à compter de la dernière des notifications prévues à l'alinéa 2 ci-dessus, le cessionnaire adresse au garde des sceaux, ministre de la justice, une requête tendant à sa nomination en qualité de notaire associé. / Cette requête est transmise par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice. / () / L'article 8 est applicable s'agissant d'apprécier les capacités professionnelles et l'honorabilité du cessionnaire. ". Aux termes de l'article 28 de ce même décret : " Dans le cas où la société refuse de consentir à la cession, elle dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de son refus par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, pour notifier, dans la même forme, à l'associé qui persiste dans son intention de céder ses parts sociales, un projet de cession ou d'achat de celles-ci, conformément aux dispositions de l'article 19 (alinéa 3) de la loi précitée du 29 novembre 1966. () / Si les parts sociales sont acquises par la société, par les associés ou l'un ou plusieurs d'entre eux, il est procédé conformément à l'article 29. En ce cas, l'expédition ou l'un des originaux de l'acte de cession est adressé au garde des sceaux, ministre de la justice, et au bureau du Conseil supérieur du notariat avant l'expiration du délai prévu aux alinéas 1 et 2 ci-dessus. / Lorsque l'associé cédant refuse de signer l'acte portant cession de ses parts à un tiers, à la société ou à ses coassociés, il est passé outre à son refus deux mois après la sommation par lettre recommandée avec demande d'avis de réception à lui faite par la société et demeurée infructueuse. Son retrait de la société est prononcé, s'il y a lieu, par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, et le prix de cession des parts est consigné à la diligence du cessionnaire. ". Aux termes de l'article 29 de ce même décret : " Toute convention par laquelle un associé cède la totalité de ses parts sociales à la société, aux autres associés ou à l'un ou plusieurs d'entre eux fait l'objet d'une déclaration, deux mois au moins avant la réalisation de la cession, par le ou les cessionnaires au garde des sceaux, ministre de la justice par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice. Il est procédé à cette déclaration lorsque le cédant se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° S'il demeure dans la société étant attributaire de parts d'intérêts ; / 2° S'il est atteint par la limite d'âge ou, le cas échéant, à l'expiration de son autorisation de prolongation d'activité. / Le garde des sceaux, ministre de la justice, peut, par décision motivée et dans un délai de deux mois à compter de cette déclaration, faire opposition à la cession. ". Aux termes de l'article 31 de ce décret : " I. - Lorsqu'un associé déclare ou demande son retrait de la société en cédant la totalité de ses parts sociales, il est procédé conformément aux dispositions des articles 27 et 28. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " : " le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret. ". L'annexe de ce décret mentionne à ce titre les décisions de " retrait d'un associé d'une société titulaire d'un office et demandes connexes " prévues aux article 27, 28, 31, 34 et 37 du décret n° 67-868 du 2 octobre 1967.

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions, d'une part, que si le silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur une déclaration de cession de parts sociales par un associé à la société ou à un ou plusieurs des associés de celle-ci sur le fondement de l'article 29 du décret du 2 octobre 1967 laisse naître une décision tacite d'acceptation, en revanche le silence gardé par le ministre sur une demande de retrait d'un associé d'une société, avec ou sans détermination d'un successeur ou fixation du prix de cession, laisse naître une décision implicite de rejet de cette demande. D'autre part, dès lors qu'aucune disposition de ce décret ne conditionne l'acceptation du retrait du cédant à la vérification de son honorabilité, c'est uniquement lorsque le cessionnaire est un tiers à la société qu'il appartient au garde des sceaux, ministre de la justice, de vérifier l'honorabilité de ce dernier et, le cas échéant, de refuser d'approuver la cession de parts sociales et partant, l'éventuel retrait du cédant.

5. Dans un premier temps, les demandes n° 91605 et 95233, adressées au garde des sceaux, ministre de la justice, respectivement le 31 mars 2021 et 11 septembre 2021 par M. F et la SCP requérante constituaient des demandes de retrait de M. F G A I, H F et E C, présentées, en l'absence d'accord sur la désignation d'un successeur, sur le fondement des articles 28 et 31 précités du décret du 2 octobre 1967. Ainsi, le silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice sur chacune de ces demandes a donné naissance à des décisions implicites de rejet, intervenues respectivement le 31 mai et le 11 novembre 2021, auxquelles la décision explicite de rejet du 4 juillet 2022 s'est substituée.

6. Dans un second temps, dès lors que ces demandes de retrait et de cession des parts sociales détenues par M. F ne comprenaient pas la désignation d'un cessionnaire tiers à la SCP A I, H F et E C ou à l'un de ses associés, le garde des sceaux, ministre de la justice ne pouvait légalement refuser d'y faire droit en se fondant sur les agissements contraires à l'honneur et à la probité commis par le cédant, M. F. Ainsi, la SCP A I, H F et E C est fondée à soutenir qu'en refusant d'approuver le retrait de M. F, le garde des sceaux, ministre de la justice a commis une erreur de droit.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 4 juillet 2022 en tant qu'elle refuse d'autoriser le retrait de M. F G A I, H F et E C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le garde des sceaux, ministre de la justice autorise le retrait de M. F G A I, H F et E C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a enfin lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme globale de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre des frais supportés par la SCP A I, H F et E C, M. C et M. I et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 4 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice d'autoriser le retrait de M. F G A I, H F et E C, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme globale de 1 500 euros à la SCP A I, H F et E C, à M. I et à M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCP A I, H F et E C, à M. A I, à M. E C, à M. H F et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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