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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208427

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208427

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, M. A, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les meilleurs délais à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte sous un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge du préfet de la Haute-Savoie une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A l'audience publique, M. D a présenté son rapport et a entendu les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er janvier 1989 à Kankan (Guinée), ressortissant guinéen, déclare être entré sur le territoire français le 24 octobre 2021 en provenance d'Italie. Le 5 novembre 2021, il a formulé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Isère. Par une décision du 31 mai 2022, l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) a déclaré sa demande irrecevable car il bénéficie de la protection internationale en Italie ainsi que d'un permis de séjour délivré à ce titre expirant le 24 février 2025. Par un arrêté n° OQTF/74/2022/A356 en date du 7 décembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ".

4. Le requérant soutient qu'il a droit au maintien sur le territoire français le temps du dépôt et de l'étude de la demande d'asile de son troisième enfant. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'asile pour son enfant C A, née le 21 octobre 2022, auprès de l'OFPRA le 10 janvier 2023, soit postérieurement à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Si, dans les conditions fixées à l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande peut faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire, elle reste sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement. A le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

5. Il résulte des termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. En l'espèce, M. A, qui n'est présent sur le territoire français que depuis un an et un mois, n'établit pas avoir de liens personnels ou familiaux anciens et intenses en France, en dehors de sa cellule familiale composée de sa compagne, laquelle est arrivée en France en même temps que lui, et ses quatre enfants. Il n'est pas contesté que ses enfants mineurs et sa compagne se trouvent dans la même situation administrative que lui. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Italie, pays dans lequel ils bénéficient de la protection internationale et dans lequel il dispose d'un permis de séjour valable jusqu'au 24 février 2025. Il résulte de tout ce qui précède, et notamment du caractère récent de la présence en France de l'intéressé, que l'éloignement de M. A ne porte pas une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :

7. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. La décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer M. A de ses enfants. M. A et sa compagne sont dans la même situation administrative et bénéficient tous deux de la protection internationale en Italie. Ils peuvent, comme cela a été précédemment exposé, reconstituer leur cellule familiale dans ce pays. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que le préfet devait prendre en considération le fait qu'il a formulé une demande d'asile pour sa fille, C A, née le 21 octobre 2022, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la mesure puisque d'une part, la demande d'asile a été enregistrée postérieurement à l'arrêté attaqué et, d'autre part, le préfet a expressément exclu la Guinée comme pays à destination duquel il peut être reconduit. Dans ces conditions, l'enfant ne risque pas d'être exposé à des risques de mutilations génitales. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'enregistrement de la demande d'asile pour leur fille fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au benefice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Djinderedjian et à la Préfecture de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

C. DLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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